•  

    Je ne suis pas digne de délier ses Marvin

    De la nation il est le vénérable Père,

    La mer lui obéit, la Terre, il la domine,

    Il est Celui qui vient de la part de Juncker

     

    Il dit « Viens et sois-moi, enfin si tu le peux »,

    Il guérit du repli, Emmanuel est son nom.

    Lorsqu'il fait un discours, il fait trembler les Cieux,

    Rien ne peut entraver sa révolution

     

    Je ne fais plus partie de ceux qui ne sont rien.

    Il sentait bon le sable chaud, mon Jupiter,

    Nos regards se croisèrent. Et c'est bien le Destin

    Si le nom de ce dieu rime avec Castaner

     

    Contre les tsunamis, contre les syndicats,

    Toujours il est debout tel un roseau pensant,

    Il plie mais ne rompt pas, c'est un vrai résistant

    Tout le monde le craint, même ce Benalla !

     

    Pour redresser le monde, il suffit d'espérer

    Qu'il nous tende la main, que son génie ruisselle

    Comme un torrent de vie poussé par l'Alizé

    De la plante des pieds jusque sous nos aisselles

     

    Il descendra sur nous comme une Pentecôte

    Et nous parlerons tous la langue polyglotte

    Des multinationales, du dollar, de l'Euro,

     

    Chacun sera l'égal des plus grands de nos hôtes,

    De Zola, de Gary, Blum, Clémenceau, Hugo

    Pierre Moscovici et Benjamin Griveaux.

     

     

     

    Christophe Castaner, « Mon Jupiter » in Odes à Manu

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  • Notre cher président est-il, comme on l'entend parfois, un authentique philosophe ? C'est ce que pensent en tout cas les journalistes du Point ou de l'Express, qu'on ne peut en aucun cas, sauf malhonnêteté intellectuelle, soupçonner de partialité envers leur idole.

     

    Il serait tout à fait inique de ne pas accorder à celui qui guérit des opinions malades et eurosceptiques le fait qu'il panse. On pourrait d'ailleurs opposer à ceux qui doutent de l'origine mystique et divine de sa pensée ce syllogisme implacable : Jupiter est un dieu, or Emmanuel Macron est Jupiter, donc Emmanuel Macron est un dieu. En ce qui concerne sa pensée complexe, tous ceux qui pensent donc que Sénèque un leurre ont tort.

     

    Quand on voit le temps qu'il passe à cultiver son image Alain fini, on ne peut nier qu'il réfléchit. Et il suffit de voir comme, en matière de chômage comme d'attractivité, à la simple évocation du nom d'Emmanuel, tout se dé-Kant pour s'en convaincre. Epicure de rappel : c'est quand même grâce à lui que Sartravaille en France.

     

    Tous ces sceptiques pour qui Macron n'est qu'un cuistre dont Onfray trop de cas sous le fallacieux prétexte que la ressemblance entre Platon et Christophe Castaner ne serait pas frappante ne sont que des jaloux. « Bad you ! » serait-on tenté de leur répondre. Notre président est simplement le mariage parfait entre un grand démocrate et le grand Démocrite.

     

    « Allons soyons sérieux, c'est un peu comme si on disait que BHL est philosophe » arguent certains. « Eh bien, on le dit aussi aussi », leur répondrai-je. D'ailleurs, l'idée selon laquelle un véritable philosophe ne chercherait pas sans cesse à prendre la lumière est absurde. Paillettes et réflexion peuvent parfaitement cohabiter et on peut à la fois aimer Levi-Strauss et Levy strass.

     

    Les Banquets qu'il organise à l'Elysée n'ont à ce titre rien à envier à celui auquel a participé Socrate et la facilité avec laquelle, au cours de ceux-ci, il nous Phédon de sa pensée sur un Platon montre qu'il sait tenir Théétète aux pseudozintellectuels chers à Najat et leur dire « Ménon » quand ils sont dans l'erreur.

     

    Si Macron ne fait pas l'unanimité, c'est uniquement parce que sa pensée, que le peuple rejette, que les bourgeois critiquent et que les aristos fanent, est trop moderne pour le commun des mortels. Capable de penser sur commande, aussi bien en anglais qu'en français, il Excel dans les « words » et a parfaitement compris qu'en matière d'aides sociales, il ne suffit pas d'un Marx pour que ça reparte.

     

    Ce beau président à qui les citoyens demandent régulièrement d'aller se faire voir chez les Grecs ne peut pas être une poire en philo mais bien plutôt un bel hellène. Et si le Premier ministre lui-même semble souvent subjugué par les discours du président, ce ne peut pas être le fruit du hasard. En matière de pensée, faire confiance à la philo selon Philippe, c'est le B-A BA ou plus exactement l'A-B AB.

     

    Je mets d'ailleurs au défi tous les malhonnêtes qui contestent la complexité de sa pensée de m'expliquer cette phrase de Manu : «Je suis tout à fait favorable à ce qu’on construise de nouveaux modèles de gouvernance. Ces nouveaux modèles pourront être mis en place à l’initiative des acteurs eux-mêmes et assureront une plus grande souplesse".

     

    Convaincu qu'il est de faire partie de ceux qui ont réussi et non pas de ceux qui ne sont rien, il a réinventé la formule de Descartes en l'inversant : « Je suis donc je pense ».

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  • Mon admiration sans bornes pour Leo Muscato, le metteur en scène qui a revisité Carmen, et pour la pertinence de son combat, m'a tout naturellement porté à vouloir réécrire d'autres œuvres artistiques pour dénoncer les violences faites aux femmes. A trop vouloir défendre l'art contre la marche du monde et les idéaux progressistes, nous risquons en effet de passer à côté de ce à quoi l'histoire nous appelle. Car qu'est-ce qu'un chef d'œuvre au regard de la prééminence des valeurs modernes ? De quel droit s'obstine-t-on à vouloir faire perdurer des œuvres qui peuvent à tout moment heurter telle minorité ou blesser tel ou tel individu ?

     

    Il est extrêmement contre-productif et à terme destructeur de maintenir dans les programmes de lycée l'étude d'une pièce de théâtre aussi sexiste que Dom Juan, personnage dont les propos seraient aujourd'hui passibles d'une condamnation et dont les œillades tomberaient, et à juste titre, grâce à Marie Madeleine Schiappa et ses disciples, sous le coup de la loi.

     

    Les réactionnaires ont beau jeu de prétendre qu'une œuvre est représentative d'une époque et qu'il est vain de vouloir la moderniser. Ces grincheux n'ont sans doute jamais vu l'adaptation au cinéma des Misérables de Tom Hooper ni jamais entendu les reprises de Barbara par Patrick Bruel pour proférer de telles inepties.

     

    Contrairement à ce qu'on pourrait croire et à ce que certains imbéciles ont pu affirmer avec une étonnante mauvaise foi à propos de Carmen, une réécriture ne dénature en aucun cas l'original et présente l'avantage non négligeable d'être beaucoup plus courte, ce qui évitera aux jeunes générations des heures de lecture fastidieuses à même de les priver de précieuses heures de détente devant les écrans. Je vous laisse juge.

     

    Done Elvire : Me ferez-vous la grâce, Dom Juan, de vouloir bien me reconnaître ? Et puis-je au moins espérer que vous daigniez tourner le visage de ce ce côté ?

     

    Dom Juan : Madame, mon attitude inqualifiable est la conséquence de siècles de patriarcat et de domination masculine mais soyez assurée que ce règne touche à sa fin et que la contrition qui est la mienne en cet instant ne restera pas sans effet. Je défendrai avec tout mon cœur l'égalité des droits de même que je lutterai de toutes mes forces contre le harcèlement, les agressions et les trottoirs trop étroits. Je m'engage ici devant vous à renouveler les vœux que je vous ai faits et à ne plus m'éloigner de vous si ce n'est pour aller faire les courses ou laver mes chaussettes sales au lavoir car je tiens plus que tout à une juste répartition des tâches. Comme gage de ma fidélité, je vous offre, non des fleurs ni une bague, ridicules vestiges d'une époque où les luttes intersectionnelles n'existaient pas, mais la photo de Caroline De Haas. Et tant pis pour les anachronismes, l'égalité avant tout !

     

    FIN

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  • Je suis de plus en plus sidéré, choqué même par le conservatisme de nos grands écrivains. Si nous tenons vraiment à créer une société ouverte sur le monde, dans laquelle les futures générations puissent s’épanouir et vivre en harmonie, il me paraît urgent de corriger certains textes afin d’en effacer les honteux stigmates sexistes, racistes, réactionnaires ou transphobes.

     

    Imaginez quel message d’espoir nous transmettrions à nos enfants si nous parvenions à leur léguer une littérature bienveillante, intersectionnelle, pluraliste et moins offensante.

     

    Voici ce que deviendrait, dans un monde idéal, l’un des poèmes les plus connus et les plus étudiés en classe de Paul Verlaine, « Mon rêve familier ».

      

    « Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant »

     D’emblée, par l’usage de l’adjectif « pénétrant », le poète se place du côté des dominants et impose la norme virile comme le rappelait fort justement il y a quelques jours la philosophe Olivia Gazalé :

    http://www.20minutes.fr/societe/2159983-20171106-norme-virile-valorise-penetrant-stigmatise-penetre-deplore-philosophe-olivia-gazale. Choisissons plutôt une formule plus inclusive : « Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant ou pénétré ». Ce choix d’écriture présente en outre l’avantage non négligeable de bannir la rime, habitude bourgeoise et conservatrice.

     
    « D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime ». Ici, l’auteur, pourtant homosexuel, fait un choix clairement hétéronormé, sans doute enserré par les contraintes sociétales de l’époque. De même, sa vision patriarcale de l’amour transparaît à travers l’inégalité dans le traitement de l’homme, qui initie, et de la femme, qui subit et qui n’est capable d’aucune prise de décision mais uniquement de réciprocité affective. Voici ce que Verlaine aurait dû écrire s’il avait été davantage fidèle à ses convictions et plus déterminé à faire triompher la cause progressiste :

     

    « D’un homme/ d’une femme inconnu·e et qui m’aime, et que j’aime »

     

    "Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
    Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend. » Là encore, le poète cède aux injonctions de l’époque. La femme est réduite à une simple fonction, elle est interchangeable (culture du viol) et n’est considérée qu’à travers les prismes maternel et utilitaire. Elle ne serait là que pour assister l’homme, le servir, lui prodiguer des soins. Cette vision sexiste de la femme qui pointe dans ces deux vers atteint son paroxysme à la strophe suivante.

    « Car elle me comprend, et mon cœur, transparent
    Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème
    Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
    Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant. » Ajoutons que le nauséabond « front blême » nous renvoie aux heures les plus sombres de notre histoire puisqu’il érige l’homme blanc en modèle et invisibilise les minorités.

    « Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore.
    Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore
    Comme ceux des aimés que la Vie exila. » Le premier vers du tercet, en plus d’invisibiliser les racisée·e·s, tend à définir la femme par sa couleur de cheveux au lieu de mettre en avant les vraies identités de genre et de sexualité. On n’oubliera pas également d’enlever la référence à l’exil qui pourrait blesser certain·e·s. Enfin, on veillera à remplacer le passé simple, temps excluant et marqueur social créateur d’inégalités, par un plus accessible passé composé.

    « Son regard est pareil au regard des statues,
    Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
    L'inflexion des voix chères qui se sont tues. » La comparaison de la femme avec la statue la réduit au rang d’objet et renvoie à une vision archaïque, manichéenne et machiste de la société. Sans compter que la beauté ne devrait pas être le critère numéro un dans une relation amoureuse, Verlaine aurait dû davantage lutter contre l’injonction à être belle prônée par nos sociétés. En outre, la référence aux statues est loin d’être uniquement méliorative si l’on songe un instant à toutes celles qui représentent des figures historiques douteuses, prônant le nationalisme et le racisme. Ajoutons que considérer la voix comme un attribut permettant de différencier le féminin du masculin est non seulement stigmatisant pour les gens de sexe neutre mais également contraire à toutes les études scientifiques de genre.

     

    Voici donc ce que donnerait, en utilisant bien évidemment l’écriture inclusive, seule langue garantissant l’égalité des sexes, et en dérégulant la forme réactionnaire du sonnet, une version de ce poème non offensante et respectueuse des minorités  :

     

    Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant ou pénétré, d’une femme/ d’un homme inconnu·e, et qui m’aime, et que j’aime, et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait le/la même, ni tout à fait un/ une autre, et m’aime et me comprend tout comme je le/la comprends également, dans un même élan de fraternité solidaire et de vivre-ensemble.

    Car il/ elle me comprend, nous nous comprenons, et mon cœur transparent pour il/ elle seul·e, hélas! cesse d’être un problème, tout comme le sien cesse d’être un problème pour moi. Pour il/ elle seul·e, et les moiteurs de mon front blême/ mat/ marron/ noir/ jaune, il/ elle seul·e les sait rafraîchir tout comme je les rafraîchis aussi, en pleurant.

    Est-il/ elle brun·e, blond·e ou roux·sse, gay, lesbien·nne, bi, trans, queer, allosexuel·le, pansexuel·le, neutre, cisgenre, métis·se, racisé·e? Je l’ignore. Son nom? Je me souviens qu’il est doux et sonore, comme ceux/ celles/ celleux des aimé·e·s que la vie a éloigné·e·s.

    Son regard est très beau, mais ce n’est pas le plus important car j’apprécie surtout chez lui/ elle sa volonté de lutter contre le repli sur soi et les idées nauséabondes. Pour elle/ lui, je décrocherais la lune ou déboulonnerais des statues de Colbert et du Général Lee.

     

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  • Quelques semaines avant les vacances, je lis dans le carnet de correspondance de mon fils qu’en tant que parent d’élève, je suis invité à assister à une réunion d’information sur l’entrée en sixième dans son nouveau collège. J’ai prévenu ce dernier, qui est volontiers distrait et a tendance à s’appuyer sur ses facilités, qu’il lui faudra faire preuve cette année de davantage de discipline même si je suis bien conscient qu'il ne suffit pas de baisser la tête pour ne plus l'avoir en l'air.

     

    Nous nous égarons dans le collège en arrivant et entrons avec cinq minutes de retard dans la salle de réunion. Fort heureusement, le principal n’a pas commencé à aborder les choses sérieuses puisqu’il explique pour l’instant en quoi consiste l’option « comédie musicale » proposée par l’établissement. Jugeant sans doute que cette option est essentielle à la réussite du plus grand nombre, il énumère les dix commandements de celle-ci pendant un bon quart d’heure et il s’en faut de peu qu’il nous invite à chanter sous la pluie.

     

    Je me dis alors qu’il va sans doute commencer à nous expliquer ce qu’on attend d’un élève de sixième tant du point de vue du comportement que du travail en présentant les différentes matières étudiées au cours de l’année. Et j’avertis du regard mon fils qu’il a intérêt à bien tendre l’oreille s’il ne veut pas se la faire tirer.

     

    Pourtant, le principal préfère reporter à nouveau de quelques minutes l’exercice en passant la parole à la professeur en charge de l’option « comédie musicale ». Celle-ci répète au mot près ce que vient d’expliquer celui-là, preuve que la cohésion marche à plein dans ce collège et que tous les protagonistes jouent la même partition. Mais je dois avouer que j’ai bien du mal à me laisser Greaser par leur enthousiasme et que l’envie est forte de leur hurler qu’on connaît la chanson.

    Hélas, le long monologue Kelly ne l’invite pas Astaire.

     

    Après cet exposé d’une vingtaine de minutes digne des meilleurs oraux du Brevet des Collèges, le principal reprend la parole. Cette fois, ça y est : il va sans aucun doute présenter l’école sous l’angle de la culture et de la transmission des savoirs juste après avoir rappelé le fonctionnement de la demi-pension et les horaires d’ouverture du foyer des élèves, ainsi que les règles concernant l’utilisation de la Playstation. Ce n’est plus qu’une question de minutes : un dernier mot sur les infrastructures sportives et l’on entrera de plain-pied, et je l'espère, sans claquettes, dans le vif du sujet.

     

    Mais après un bref détour par la pédagogie de la bienveillance et l’importance de la transversalité de l’enseignement, le principal décide inexplicablement de congédier son auditoire. Je cherche à comprendre ce qui a bien pu se passer et à trouver le motif qui l’a empêché d’aborder les vrais sujets : une alerte incendie que je n’aurais pas entendue ? Un rendez-vous oublié ? Je tente alors de me renseigner auprès des parents, mais ces derniers, trop occupés à pianoter sur leur portable, semblent peu enclins à écouter mes lamentations. Et devant leur mine indifférente, j’ai la désagréable impression de pisser dans une contrebasse.

     

    Je rentre donc à la maison, avec un mal de crâne digne d’une fièvre du samedi soir.  Et j’ai toutes les peines du monde à expliquer à ma femme ce que j’ai appris à la réunion. Mais je me rassure en me disant que, contrairement à ce que laissait entendre une affiche de la FCPE il y a quelques temps, ce n’est pas dans cette école que mon fils risque d’être harcelé par ses professeurs. Et à l’heure où l’on s’interroge sur la pertinence du collège unique, on peut au moins se réjouir du fait qu’il soit tout sauf inique.

     

    Comme quoi les meilleures comédies ne sont pas nécessairement musicales.

     

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