• « Mais que faisait cette péronnelle sur le perron de l’Elysée, vêtue d’une chemise à l’intérieur de laquelle on aurait facilement pu loger deux ou trois premières dames ? » se sont demandé les mauvaises langues, qui auraient certainement aimé que Jupiter s’attirât les foudres des citoyens français et que Rihanna lui rît au nez. Il n’en a rien été, car si Emmanuel Macron a reçu dans la foulée Bono et la chanteuse de « Diamonds », ce n’est nullement pour briller, comme le prétendent certains de ses détracteurs, mais uniquement pour le bien des enfants à travers le monde. En effet, s’il y a bien une valeur que Macron partage avec l’ancien président Sarkozy, c’est indubitablement la haine des people et du bling-bling.

    La preuve : celle qui a été élue il y a peu « personnalité humanitaire de l’année », devançant de peu Patrick Sébastien et Marilyn Manson, a qualifié sa rencontre avec le chef de l’Etat d’ « incroyable », impossible de croire que c’est simplement parce que l'interprète de « Diamonds » est très polie. D’ailleurs, on a vu la chanteuse et le président éclater de rire sur une photo, or on sait bien que Macron déteste la mise en scène du politique et le tout pour l’image. Et que certains critiquent son entrevue avec la star américaine, il n'en a Rihanna faire.

    Même l’intelligent Bono, pourtant pas sorti de la cuisse de Jupiter, a, selon le Huffpost, loué son ouverture « pour trouver des manières innovantes d’aider les plus pauvres ». On ne saurait mieux dire : quand il s’agit de protéger les plus modestes tout en leur sucrant des aides, Macron sait répondre à l’APL. Certes, le président a déjà prévu de baisser le budget de l’aide au développement de 140 millions en 2017. Mais, qu’on se le dise, c’est pour mieux l’augmenter en 2022, car non content d’avoir un grand cœur, Manu a également toute confiance en son successeur. Qu’en dit Bono ? Qu’il a bien raison naturellement, et que l’important, c’est d’augmenter le budget, que cela se fasse « with or without you ».

    Le chanteur de U2 s’est d’ailleurs dit « très satisfait de sa conversation singulière » avec le président. Au point qu’il banda, Bono ? Impossible de le savoir. Mais ce qui est sûr en revanche, c’est que les deux stars ont « parlé de la crise des réfugiés ». Encore une preuve que pour Macron, tout se fait « In the name of love ». Quant aux grincheux qui prétendent déjà que le thème abordé montre à quel point les deux hommes n’ont échangé que des banalités, ils oublient que le président ne peut pas aborder tous les sujets, au risque de devoir annuler sa rencontre sur les stratégies géopolitiques avec Jul. Et si jamais les promesses de Macron n’étaient pas suivies d’effets, Bono pourrait toujours se consoler en chantant avec une inspiration retrouvée « but I still haven’t found what I’m looking for »

    Et Macron, que dit-il de tout cela ? « Quelle femme, nom de Zeus ! » se serait exclamé Jupiter juste après son entrevue avec Rihanna. « You look good ! » lui aurait dit Bono. « You too ! » aurait répondu le chef de l’Etat. Et qu’importe si les médias ne retiennent de ces entrevues que le côté anecdotique et non l’immense générosité et l’incroyable grandeur d’âme de notre président. Car après tout,  l’important, pour « Jupiter » comme pour le soleil, c’est que la Terre continue de tourner autour de son astre.

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  • Le 1er ministre canadien jouit d’une forte popularité et on ne peut pas dire que la presse l’oppresse. Comment expliquer l’enthousiasme que le jeune quadra génère? Alors qu’il incarne le libéralisme, qu’il défend le CETA Québec et ongles, et qu’il se montre bienveillant à l’égard des extrémistes religieux ?

    Tout simplement parce qu’il incarne toutes les « valeurs » à la mode bien qu’on ne puisse pas pour autant parler de Valeurs Actuelles.

     

    La première valeur qu’il incarne, c’est l’ouverture. La véritable ouverture, celle qui pratique le bien en prônant le libre échange et la mondialisation. Celle qui exploite les ouvriers en faisant pression sur les bas salaires, celle qui s’enrichit sur le dos des plus pauvres pour le bien commun. Car ce qui est vraiment mal à notre époque, c’est d’empêcher tous les capitaux et les marchandises qui le souhaitent de se déplacer partout à travers le monde. En matière de libre circulation des biens, il faut écouter ce que les marchands disent.

     

    Tous ceux qui empêcheraient ce système ne peuvent agir que par manque d’ouverture. Et comme, c’est bien connu, il n’y a personne que la fermeture éclaire, pour ces gens là, ça ne fait pas un pli : leur surmoi est empreint de repli sur soi. Au Canada, rien de tout cela. On veut être ouvert à tous les vents à Vancouver. Pas étonnant donc que Justin Trudeau ait été invité au mois de février par le président du parlement européen et que les eurodéputés lui aient réservé une standing ovation de plus d’une minute à la fin de son discours. Comment ne pas les approuver ? En matière de libéralisme, il faut « faire la ola » devant tous ceux qui refusent de « mettre le holà ». L’instauration du CETA risque d’écrémer toutes les petites fermes laitières car le prix du lait au Canada est 2 fois supérieur au prix du lait en Europe ? Pas grave. La tactique est simple : laisser parler tous ceux qui pensent que c’en est assez du CETA en espérant que ça va se tasser.

     

    La deuxième valeur chère à Trudeau c’est la tolérance. Alors quand on lui reproche de relativiser, au nom de la différence culturelle, les crimes d’honneur ,de faire preuve de sympathie à l’égard de l’ISNA, des frères musulmans et du renouveau islamique au point qu’il se fait reprendre par le président du congrès musulman canadien lui-même, il fait semblant d’être un peu dur de la feuille d’érable. Car Justin Trudeau l’a dit : « Nos racines s’étendent aux quatre coins du globe » et « Le multiculturalisme est notre force ». Il n’a que faire de faire taire les sectaires. Il est convaincu que pour combattre les méchants extrémistes, il faut être extrêmement gentil avec eux. Et il n’est pas le seul. « C’est Formidable », nous explique-t-on : enfin un homme politique qui ne soit pas « islamophobe ». La diversité, c’est bien connu, est une valeur en soi, même quand celle-ci promeut l’absence de diversité. Il faut laisser les femmes libres d’être opprimées. Il faut tolérer tous les intolérants. Et il n’y a pas plus généreux que de rassembler tous ceux qui divisent en incluant tous les sectaires du monde entier.

     

    Alors, si. La presse lui est tombée dessus une fois pour sa trop grande tolérance : lorsqu’il a rendu un hommage appuyé à Fidel Castro le jour de sa mort. Car le dictateur, au contraire des extrémistes musulmans, fait partie de ceux qu’on a encore le droit et même le devoir de critiquer. La girouette a alors rapidement changé de position plutôt que de rester vent debout face à l’opinion publique. Justin Trudeau ne se rendra finalement pas le front haut à Cuba, sentant sans doute que jurer d’être fidèle à Castro, c’était le meilleur moyen de paraître changeant. Il préfèrera dépêcher quelqu’un d’autre sur place, revenir sur le sombre passé du dictateur cubain et regretter qu’au sujet de Fidel on le casse trop.

     

    Autre « valeur » fondamentale de Justin Trudeau : sa jeunesse. Et rarement autant qu’à notre époque on a méprisé les personnes âgées, responsables du Brexit et du vote Trump ou pire de l’élection à la primaire de la droite et du centre de ce dictateur en puissance qu’est François Fillon.

     

    Tous ces gens qui fustigent parfois avec raison le discours du « tout était mieux avant » ne semblent pas envisager un instant l’éventualité que tout ne soit pas nécessairement mieux maintenant. Et tout ce qui est ancien devient par contamination forcément « rance » ou « moisi ». Pensant sans doute qu’un pays sans conservateurs, lui, ne pourrira jamais, les progressistes sont convaincus que la tolérance ne doit jamais aller jusqu’à tolérer le rance. Avec le portable et les réseaux sociaux qui poussent à bout le concept de narcissisme, on a l’impression que de plus en plus de gens sont convaincus que rien de ce qui s’est fait avant leur propre arrivée sur Terre n’était bon. Justin Trudeau est le produit de tout cela.

     

    Et toute ressemblance avec une fabrication médiatique élue récemment serait bien évidemment purement fortuite.

     

    La dernière valeur incarnée par Justin Trudeau découle de celle-ci : c’est l’image que le personnage se construit lui-même. Comme pour Barack Obama dont on aurait facilement pu croire en ne regardant que ses vidéos sur Facebook qu’il était acteur, chanteur ou danseur de claquettes, tout ce qui compte pour Justin Trudeau et les médias, c’est l’image. Trudeau aurait pu s’inspirer d’Obama pour inventer le slogan « Yes we Canada ». Mais l’élève a tellement dépassé le maître qu’on peut penser que Justin vaut bien 5 Barack au bas mot. Certains de ses proches confient même qu’il se débrouille pour que chaque séquence de sa vie politique corresponde à un cliché Instagram : un savant mélange de politique et de people comme seule notre époque sait le faire.

     

    Et ça marche. Ca marche tellement qu’il pourrait même s’en passer. Plus d’efforts à faire, les médias les font pour lui. C’est par exemple un article du site demotivateur intitulé « 22 raisons de craquer pour Justin Trudeau ». C’est un article d’Elle l’année dernière intitulé : allez-vous craquer pour Justin Trudeau sur ces photos de lui jeune ? Un article de Libé intitulé Trudeau : 8 mois de photos symboles. Bref, c’est à se demander dans quel sens il va effectivement finir par nous faire craquer.

     

    Et comme le ridicule ne tue pas, il a également fait son entrée dans le monde des super héros de Marvel où il est apparu en août sur une des couvertures du cinquième numéro de la série prêt à prendre les gants ou à donner des conseils.

     

    Enfin, dernier élément en date : sa figurine en vente partout. Une figurine qui parle en plus, et dont le discours n’est certainement pas moins intéressant que celui du Premier Ministre. C’est l’avantage du prêt à penser : on peut le transporter partout avec soi. D’ailleurs, que peut-on reprocher là-dessus à M. Trudeau ? N’est-ce pas la suite logique, quand on a beaucoup de pouvoir, de devenir un super héros ? Surtout quand on a construit son succès en promettant à tous monts et Marvel. Et n’ y a-t-il pas une certaine cohérence à multiplier les figurines pour être sûr de n’être jamais un figurant ? Et tant pis si au passage on prend le risque de défigurer la politique, l’important c’est de lui offrir un nouveau visage.

     

    Depuis quelques temps toutefois, quelques voix commencent à s’élever contre son engagement pour la signature du CETA. Suffisant pour qu’il ne soit plus populaire de rien? Rien n’est moins sûr, il ne faut pas, comme on dit au Canada, mettre le traîneau avant les chiens.

     

    Mais comme même cette presse qui lui était jusqu’ici assez largement favorable semble lassée, agacée par son numéro et souhaitant presque qu’il bourre et bourre sa vie d’Instagram et qu’il se rétame, on peut penser que c’est possible.

     

    Ce qui est certain en revanche, c’est qu’on peut se réjouir du fait qu’un Trudeau, il y en ait juste un.

     

    (Chronique parue en premier sur Polony TV sous le titre "Pourquoi Justin Trudeau est-il si populaire?" https://goo.gl/klX9Ud)

     

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  • Que L’Arabie Saoudite fasse comme si de rien n’était en feignant de s’interroger : « Le Yémen, c’est où ça, dites ? », on pouvait s’y attendre. Mais que les hôpitaux soient attaqués ou que la coalition déclenche des frappes pendant une cérémonie funéraire sans que personne ne réagisse, c’est plus (d)étonnant. Et pourtant, bien que la situation soit catastrophique dans la capitale, Sanaa pas l’air d’émouvoir plus que ça la communauté internationale.

     

    Et que dire du silence radio des médias qui ne parlent que de la Syrie malgré le peu que nous savons d’Alep ? Cela aurait-il un lien avec les intérêts des pays occidentaux pour le pétrole ? Ou avec le fait, par exemple, que Les Etats-Unis, qui, selon « Le Monde » fournissent « une aide logistique et du renseignement à la coalition » pourraient être jugés cobelligérants ? »

    On n’ose y croire. D’ailleurs, ils n’ont vraisemblablement rien à se reprocher puisque, toujours selon « Le Monde », « L’Arabie Saoudite et ses alliés bloquent avec succès depuis mars 2015 toute enquête de l’ONU. »

     

    Certes, l’ex-président Saleh, chassé en 2011 après trente-quatre ans de règne, n’a pas laissé le pays dans un état prospère. Mais si l’addition présentée par Saleh est conséquente, il serait trop facile de lui casser du sucre sur le dos.

    La transition politique dirigée par Hadi jusqu’en 2014 n’a d’ailleurs pas fait beaucoup mieux, certains allant même jusqu’à dire d’Hadi qu’il n’a pas fait ce qu’il a dit. Houthi et ses disciples ont alors tenté de prendre le pouvoir par la force, et c’est là que l’Arabie Saoudite est intervenue, sous le fallacieux prétexte qu’Houthi serait complètement marteau. « Des clous ! » serait-on tenté de dire si l’on n’avait pas peur de taper à côté.

     

    En réalité, Les rebelles houthistes étant chiites, Riyad y combat par procuration son grand rival régional : l’Iran chiite, qui, lui, soutient les houthistes. Qu’importe donc que cette guerre ait déjà fait plus de 10000 morts rien que lors des combats -bien davantage en réalité -, l’important est que Riyad défende son honneur et puisse continuer à dire : « Que dit un Sunnite qui marche dans la merde ? Chiite! ».

     

    Quant à la situation des femmes, entre la prostitution comme dernier recours à l’extrême pauvreté, les mariages forcés -parfois dès huit ans- et l’interdiction de se promener seule dans la rue sans l’autorisation du mari, c’est à se demander comment il est possible que quasiment personne n’en parle, pas même les associations féministes, trop occupées par leur combat contre l’émission « Miss France ». Alors, devant cette situation cataclysmique, on se rassure comme on peut en se disant que tout finit par se payer et que « Rira bien qui Riyad le dernier ».

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  • Quand, en matière de meeting de campagne, on est puceau, il faut savoir préserver son organe. Et le beau gosse de service devrait savoir que ce n’est pas en criant comme un putois qu’on va attirer la belette. Mais M. Macron n’en a cure car pour lui, la légitimité n’existe pas. Il est d’ailleurs convaincu qu’« être élu est un cursus d'un ancien temps », un temps où les politiques avaient encore des convictions et un peu de dignité sans doute : ça tombe bien, il y a de fortes chances pour qu'il ne sache pas tout de suite ce que ça fait.

     

    A force de n’écouter personne, il s’est en tout cas attiré une avalanche de commentaires acerbes sur les réseaux sociaux, preuve que quand le roquet aboie, le car à vannes passe. « La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler » disait-il. Et la meilleure façon de s'en faire tailler un, c'est de ne pas bosser sa voix. Mais cela n’empêche nullement certains médias de voir en lui l’incarnation du changement. Ce n’est sans doute pas un hasard si « Le Point », journal anti-libéral et anti-système s’il en est, lui a consacré environ 1423 articles en deux semaines.

     

    Que lui trouve-t-on au juste ? La jeunesse ? Certes et Macron prouve, si besoin était, que la fadeur n’attend pas le nombre des années. Le changement ? quel changement ? Celui qui consiste à penser, comme le candidat l’a affirmé, que « le libéralisme est une valeur de gauche » ? La nouvelle politique de Macron, c'est un peu comme le renouveau promis par Bruno Le Maire : il n’y a que ceux qui ont cru à la ressemblance entre le Canada Dry et l’alcool qui peuvent y adhérer. Promettre qu'on va tout changer et que le futur président va retrouver du pouvoir en étant pro-européen, c’est croire que les bébés, à Bruxelles, naissent dans les choux.

     

    La Macron-économie

     

    Qu’à cela ne tienne, Manu est bien décidé à exploiter le filon pour mieux terrasser Fillon. Il ne propose pas seulement un changement, ce qu’il veut c’est « une révolution », comme il l’a écrit dans son livre, et une révolution sans programme, ou avec un programme qu’on construit après s’être lancé dans la course à la présidentielle, ça inspire le respect. Tout comme le terme « révolution » d’ailleurs. Macron qui écrit « La révolution », il faut avouer que c'est au moins aussi fort qu' Olivier Besancenot qui écrirait une ode à « L’ultracapitalisme ».

     

    Et pour prouver que celle-ci est réalisable, celui qui ferait passer François Fillon pour un communiste s’il n’avait pas autant la cote dans les médias a baptisé son mouvement « En marche ». Vers quoi ? nul ne le sait. Ce qui est sûr en revanche, c’est que Macron nous démontre que ce n’est pas parce qu’on est en mouvement qu’on ne peut pas incarner l’immobilisme. Que ce n’est pas parce qu’on s’appelle « En marche ! » qu’on se préserve d'en rater une. Et que ce n'est pas parce qu'on s'appelle Macron qu'en matière d’économie comme de politique, on ne peut pas être un micron.

     

    L’ancien banquier de Rotschild qui déclarait il y a peu « Les salariés doivent pouvoir travailler plus sans être payés plus » serait donc le nouveau candidat anti-système. Celui qui déclarait « Si j'étais chômeur, je n'attendrais pas tout de l'autre, j'essaierais de me battre d'abord » serait le rassembleur que la France attend. Celui qui invente des qualificatifs à la laïcité pour ne surtout pas avoir à l’appliquer serait le vrai défenseur de la République. Celui pour qui l’une des priorités est que « des jeunes Français aient envie de devenir milliardaires » serait le candidat qu’il nous faut pour lutter contre la finance et répartir plus équitablement les richesses. Celui qui réduit tout à l’économie et qui ne voit dans l’immigration massive qu’une possibilité de faire davantage pression sur les bas salaires aurait le cœur sur la main.

     

    Très peu pour moi. Mais je me console en m’imaginant, après une rouste monumentale d’Emmanuel au premier tour, écouter Alain Chamfort et chanter avec lui « Porté disparu Manu rêva… ».

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  • « « Fleury-Mérogis : le nombre de femmes radicalisées explose » titrait BFM TV le 15 novembre. « A Limoges, la lutte contre la radicalisation passe par la formation de terrain » titrait France Bleu le même jour. De quelle radicalisation s'agit-il ? Impossible, même lorsqu'on lit entièrement ces deux articles, de le savoir. Pas le moindre adjectif ne sera antéposé ni postposé à ce substantif. Quant aux compléments du nom, ils ne font qu'indiquer l'identité des personnes radicalisées « des femmes » ou « des jeunes » selon l'article que l'on a décidé de lire. Comment peut-on prétendre lutter contre la radicalité quand on cache ses racines et qu’on tremble comme une feuille à la simple idée de les évoquer ?

     

    Mais après tout, si l'on ne juge pas nécessaire de préciser de quelle radicalisation il s'agit, c'est sans doute que ce n'est pas primordial. Cela devrait me rassurer. Pourtant, le ton des articles n'incite pas à la tranquillité. Le comportement des femmes de la prison de Fleury-Mérogis aurait « entraîné plusieurs difficultés » peut-on lire dans l'un d'eux. Bigre ! Voilà qui est sérieux. Dans l'autre, on parle de « faire face à des jeunes dont le comportement change », il doit sans doute s'agir de la puberté, me dis-je. Point du tout, car on évoque plus loin des « risques de basculement ». Face à ce basculement, faut-il pencher pour la gravité?

     

    On ne le saura jamais car même les « spécialistes qui connaissent bien le phénomène » ne pipent mot. A la fin de l'un des articles, je pense avoir compris le fin mot de l'histoire lorsqu'une des personnes interviewée déclare : « elles sont passées de petites minettes à des fantômes ». Ce ne serait donc qu'une banale histoire de maison hantée ? Mais alors quel rapport avec la radicalisation ? Les fantômes ne se contenteraient plus de leur statut et voudraient prendre le pouvoir ? Nous voilà dans de beaux draps. 

     

    Tout cela est décidément encore plus prenant que la lecture de La disparition de Pérec ou un bon vieux Cluedo. Je suis toujours à la recherche d'un indice et je crois bien l'avoir trouvé quand je décèle dans l'article de BFM le mot « prosélytisme » qui tranche avec le reste des termes employés. Mais il apporte davantage de confusion que de clarté à mon enquête. Comment peut-on faire du prosélytisme de radicalité ? En distribuant des tracts pour le parti radical de Jean-Michel Baylet ?

     

    Peut-être existe-t-il une autre définition de la radicalisation que j'ignore. Je décide alors de vérifier dans le dictionnaire. Hélas, celle-ci ne m'apporte rien : comme je le craignais, la « radicalisation » serait « l'action de radicaliser », de « durcir une position ». Ce n’est pas ça qui va me donner du mou. 

    On peut sincèrement regretter que les apparitions soient les seuls mots que ces journalistes n’arrivent pas à faire disparaître. 

     

    S’ils croient- à la manière de Pépère 1er, qui s’est toujours bien gardé d’accoler l’adjectif « islamistes » aux terroristes et aux attentats qui nous ont frappés- que remplacer « jeunes filles voilées » par « fantômes », c’est faire du bon boulot, ils se fourrent le drap dans l’œil. Et prouvent, si besoin était, qu’il y a différentes façons de se voiler la face.

     

    Ils pensent faire honneur aux musulmans en ne nommant pas leur religion, mais c'est l'inverse qui se produit. Pourquoi se sentir obligé de défendre ceux qui ne sont pas attaqués ? N’est-ce pas insultant de se figurer que les modérés vont nécessairement se sentir stigmatisés lorsqu’on va viser les extrémistes ? Pour rendre compte des problèmes, il faut savoir prendre les mots à la racine. Ne parler que de radicaux, ça suffixe !

     

    Mais ce n'est pas tout. Cette opiniâtreté à ne pas nommer les choses n'échoue pas simplement à identifier notre adversaire. Elle prive également les victimes de leur statut. « En mémoire des victimes des attentats du 13 novembre 2015 » pouvait-on lire sur la plaque commémorative officielle inaugurée un an plus tard. Morts pour quoi, au nom de quoi ? Pour rien. Ni victimes du fanatisme islamiste, ni morts pour des idéaux que ces fanatiques ne supportaient pas. On enlève aux victimes jusqu'au droit d'être morts pour quelque chose.

     

    Cette presse est semblable à la troupe que Julien Gracq décrit dans Un balcon en forêt et qui refuse tellement la guerre qu'on lui promet qu'elle fait le choix du déni au détriment de la réalité. « Elle n'aimait pas l'image de ce qui venait au-devant d'elle : cette bataille en fin de compte probable vers laquelle elle marchait avec le mol enthousiasme d'un percheron entre ses brancards : dès qu'elle sentait les rênes faiblir, elle piquait du nez dans l'herbe des bas-côtés, y cherchait les rêves de l'autruche dans le sable. Et sous cette neige molle, qui lissait la terre et brouillait les traces, il lui poussait l'illusion vague de se faire invisible, de donner le change au destin. »

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