• « La neige au Sahara » d' Angun

    Le titre de ce poème d'amour ainsi que le lieu dans lequel se déroule l'action confrontent d'emblée le lecteur à un double problème. Le désert et la neige semblent être aussi peu l'un que l'autre propices à l'amour : le premier parce qu'il symbolise la solitude et la sécheresse et la deuxième parce qu'elle s'oppose à la représentation traditionnelle de l'amour comme un feu et symbolise plutôt la froideur, la rudesse et l'absence de sentiments.

    L'impossibilité apparente de faire cohabiter ces deux éléments renforce cette impression. Mais tout l'art d'Angun dans son poème consiste justement à dépasser cette impossibilité et à réconcilier l'irréconciliable par la force de son amour. « La neige au Sahara », c'est le symbole du miracle que seul l'amour peut accomplir.

    Dis-moi simplement si tu veux de moi La présence de l'impératif dès le premier vers indique que l'intimité entre la poétesse et le destinataire du poème est très forte. L'adverbe « simplement » semble sous-entendre que les explications du personnage n'ont pas toujours été très claires ni satisfaisantes. La poétesse donne d'emblée une idée de la puissance de son amour pour celui qui semble être son compagnon en se mettant en position d'objet de la phrase comme si elle se remettait en son pouvoir tandis que celui-ci est sujet, c'est lui le décisionnaire.
    Quand tu partiras là-bas. L'utilisation de la conjonction de subordination de temps à la place par exemple de l'hypothétique « si » laisse peu de place au doute : le départ du personnage semble d'ores et déjà acté, ce que confirme l'emploi d'un futur quasi prophétique. L'adverbe de lieu « là-bas », par le flou qu'il entretient sur la destination, marque la distance que prend la poétesse par rapport à cette décision, ce que confirme l'emploi des démonstratifs « ces « au vers 3 et « cet » au vers 4.
    Vers ces dunes sèches de sable et de vent. La poétesse insiste sur l'aridité du lieu et la rudesse du climat avec la triple expansion du nom « dunes » (un adjectif + deux compléments du nom) et l'allitération en « s »(« ces », « sèches », « sable »)
    Cet océan jaune et blanc. La métaphore liquide, en créant un contraste avec la sécheresse du climat, contraste renforcé par l'antithèse « sèches »/  « océan » annonce le danger qui guette le personnage. Mais cette métaphore insiste également sur l'immensité du lieu et annonce déjà le motif de la solitude, repris dans le distique. La double référence aux couleurs, en plus de l'impression de réel, met en valeur la monotonie du paysage : le désert n'est pas seulement une prison physique et mentale, c'est également une prison visuelle.

    Perdu dans le désert
    Tu es perdu dans le désert. La répétition, par l'écho qu'elle créé, semble montrer que le personnage ne peut se répondre qu'à lui-même dans ce lieu aride.

    Montre-moi ma place sur ces pierres flammes Le deuxième couplet commence lui aussi par un impératif mais celui-ci se fait plus pressant : il ne s'agit plus seulement d'intervenir par le discours, il convient également de confirmer l'importance de la poétesse par les actes. Cet impératif semble également sous-entendre que la requête de celle-ci n'a pas eu de réponse. L'apposition « pierres flammes » met en valeur l'extrême chaleur qui règne dans le désert. Les pierres ne sont pas seulement comme des flammes, ce sont des flammes en tant que telles. La rime signifiante flammes/âmes insiste sur la puissance de son amour.
    Pour que j'oublie les jours d'avant L'utilisation du déictique « avant » alors même que les personnages ne sont pas encore sur place en dit long sur le pouvoir de projection de la poétesse. La double proposition subordonnée circonstancielle de but montre d'ailleurs sa détermination et annonce le changement de rôle de celle-ci. Elle ne veut plus se contenter d'être spectatrice de la situation mais actrice de celle-ci, comme l'illustre le renversement : elle devient sujet (« j'oublie », « je protège ») tandis que son compagnon devient COD à travers la double référence à « ton corps » et « ton âme »
    Pour que je protège ton corps et ton âme La présence simultanée des pronoms de première personne et des déterminants possessifs de deuxième personne amorce le rapprochement des personnages, qui n'est plus soumis, comme dans le vers 1, à l'hypothèse.
    Des mirages que tu attends Le mot mirage, employé dans sa double acception, rappelle au personnage la différence cruelle entre les rêves et la réalité et sous-entend qu'il vit dans l'illusion.

    Perdu dans le désert. L'absence de répétition semble indiquer que même l'écho a disparu, le dialogue intérieur a lui aussi cessé d'exister, la solitude du personnage est totale.

    Si la poussière emporte tes rêves de lumière La personnification de la poussière rappelle doublement à l'homme sa petitesse, d'abord car celui-ci semble à sa merci (c'est elle qui fait l'action, l'homme la subit, bien que cette situation ne soit qu'une hypothèse) ensuite par sa dimension symbolique : c'est d'elle que l'homme a été tiré et c'est à elle qu'il retournera. (Genèse) . Le mot « rêves » fait écho au mot « mirage » et confirme les illusions du personnage.
    Je serai ta lune, ton repère Le « je » et le « tu » se mélangent par le truchement du verbe d'état qui associe le sujet à ses attributs. Ils annoncent le rapprochement définitif des personnages et le « nous » du vers suivant. La poétesse passe du statut de servante à celui de guide, un guide autant matériel (« ton repère ») que quasi-mystique (« ta lune »). L'emploi d'un futur prophétique témoigne une fois de plus de la détermination et de l'amour de celle-ci.
    Et si le soleil nous brûle, je prierai qui tu voudras. La double hypothétique (« si la poussière », « si le soleil ») confirme cette impression. Le pronom personnel de première personne « nous » apparaît pour la première fois, l'amour de la poétesse est tel qu'il a le pouvoir de reformer le couple. L'absence d'identification du dieu auquel elle adresse ses prières confirme que c'est davantage le personnage qui adresse les requêtes, par sa détermination, que le dieu censé les exaucer, qui a le pouvoir d'influer sur les circonstances.
    Pour que tombe la neige au Sahara C'est le vers clé du poème. L'expression « la neige au Sahara » forme un oxymore mais l'amour de la poétesse seul semble être capable de créer ce miracle que les dieux ne peuvent exaucer.

    Si le désert est le seul remède à tes doutes
    Femme de sel, je serai ta route L'absence d'article devant le substantif « femme » montre à quel point la poétesse est prête à renoncer à sa personne autant qu'à son individualité afin de se mettre au service de son amant. Elle n'est plus seulement le repère géographique de ce dernier (cf « je serai ta lune, ton repère) mais son marchepied, son tapis rouge, ce qui n'est pas sans rappeler un autre grand texte contemporain bien que postérieur, celui de Maître Gim's « J'aimerais devenir la chaise sur laquelle elle s'assoit/ Ou moins que ça, un moins que rien/ Juste une pierre sur son chemin » (Bella). La référence à la statue de sel confirme la notion de soumission de l'amante mais également sa capacité à s'adapter au milieu, à se fondre dans le décor (on pense au désert de sel) par amour.
    Et si la soif nous brûle, je prierai tant qu'il faudra. Le « nous » est employé une deuxième fois, comme pour sceller définitivement la re-formation du couple. La subordonnée circonstancielle de comparaison a remplacé la relative derrière le verbe prier, ce qui confirme que le destinataire des requêtes importe peu et que seule l'ardeur des personnages pourra les sortir de cette situation.
    Dis-moi si je peux couvrir tes épaules. L'impératif « dis-moi » suivi de l'hypothétique fait écho au vers 1, ce qui symbolise un retour à la situation initiale : le couple, bien qu'ébranlé, s'est reformé. Mais la structure en chiasme laisse également planer une menace sur le voyage des amants. Le « je », par l'utilisation du semi-auxiliaire « pouvoir » dans la périphrase modale, est à la fois dans la soumission et dans l'action puisqu'il s'en remet à la décision de l'amant mais est également sujet tandis que l'amant est en position de COD. La dimension maternelle, que ce soit par la présence du verbe « couvrir » et l'action de réchauffer mais également par la symbolique des épaules (l'idée de protection, la notion d'épauler) est très présente. La femme remplit la triple fonction de servante, de mère et d'amante, ce qui fait écho à l'absence d'article devant le mot femme, comme vu précédemment.
    De voiles d'or et d'argent. Ce vers confirme que la protection est avant tout symbolique. Ici, il s'agit davantage d'un sacrifice que la fidèle voue à son idole que d'une tentative de le réchauffer. L'or rappelle à la fois la couleur du sable tout en s'y opposant puisque celui-ci avait été qualifié de « jaune » dans le premier couplet. On constate d'ailleurs que le même système est utilisé pour l'argent qui s'oppose au blanc du sable évoqué précédemment. On a ainsi l'impression que si ce sable envahit le paysage, c'est pourtant l'amant qui l'illumine de sa présence. L'or symbolise à la fois la pureté, la majesté et le principe divin dans la matière, l'éternité. L'argent symbolise également la pureté mais est davantage associé au pôle féminin. L'or et l'argent symbolisent donc ici l'alliage parfait de la femme et de son amant.
    Quand la nuit fera tourner ta boussole
    Vers les regrets froids des amants. La disparition des pronoms de première et deuxième personne coïncide avec la mise à distance des personnages :« des amants ». La poétesse est prête à tout pour accompagner celui qu'elle aime mais cela n'agit en rien sur sa lucidité. Elle reste capable d'envisager sans affect leur avenir, comme le montre la postposition de l'adjectif « froid », mis en valeur par le contraste qu'il créé avec la chaleur du lieu et des termes comme « brûle ». La boussole est ici utilisée dans son acception symbolique, elle n'indique pas les points cardinaux mais la direction à suivre : celle du retour à la maison. Il faut noter également que c'est la nuit personnifiée, symbole à la fois des obstacles rencontrés (le froid, la peur) et de l'incertitude, qui incline l'aiguille de la boussole.

    L'amour apparaît donc dans ce poème comme le seul dieu digne de foi, le seul capable de répondre favorablement aux requêtes et de déplacer les montagnes.

    Ce poème fait écho en cela à celui de Jean-Jacques Lafon, qui dans Le géant de papier,

     

    rappelle tout ce que le plus grand des sentiments peut permettre à l'amant d'accomplir. « Demandez-moi de combattre le Diable, d'aller défier les dragons du Néant ». Mais là où le poète du Géant de papier se heurtait à ses limites en face de l'être aimé : « Tout me paraît réalisable et pourtant […] quand je la regarde, moi l'homme loup au cœur d'acier, devant son corps de femme, je suis un géant de papier », l'amante mise en scène par Angun va jusqu'à dépasser ses propres peurs pour accomplir les miracles en présence même de celui qu'elle aime, non plus seulement pour tenter de le conquérir mais pour le garder auprès d'elle à tout jamais.

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  • Après le match France-Suède, les journalistes d'Eurosport, ô combien représentatifs de l'excellence qui règne dans le journalisme moderne, ont eu l'idée lumineuse de demander à Karim Benzema qui méritait, selon lui, le ballon d'or. Et là, à la surprise générale, Benzema n'a pas répondu que Messi était le meilleur, que Ronaldo n'était qu'une buse surcôtée qui ne plantait que parce que tout le monde jouait pour lui et lui filait des caviars, qu'il mettait beaucoup trop de gel et qu'il soûlait la terre entière à montrer ses pectoraux à chaque fois qu'il marquait un vieux péno. Pas du tout, il a dit que Ronaldo allait remporter le prix, et que c'était bien normal car c'est le meilleur joueur du monde.

    Les grands journalistes d'Eurosport s'empressent alors de mettre sur leur site cette information capitale, ce scoop intergalactique, ce titre plein d'authenticité : « Pour Benzema, c'est une évidence, le ballon d'or, c'est Ronaldo. »

    L'année dernière, déjà, on avait eu droit à de nombreuses interviews de joueurs du Bayern à qui on avait posé la même question. Et là, surprise également, tous pensaient que Ribéry, leur coéquipier, le méritait.

    Que c'est beau, le journalisme, quand ça ne sert pas qu'à poser des questions dont on connaît la réponse et cirer les chaussures à crampons des footballeurs. Que c'est agréable de lire de véritables informations et d'avoir l'impression, après avoir parcouru certains sites, d'en sortir, sinon grandi, du moins beaucoup plus intelligent. Ce n'est plus du journalisme, c'est de l'art : un hymne à la brosse à reluire doublé d'une danse sacrée en l'honneur des dieux footballeurs.

    Mais il faut rendre à ces arts ce qui appartient à ces arts : les journalistes sportifs ne sont pas les seuls à tresser à peu de frais des couronnes de lauriers. On voit souvent, en effet, des chroniqueurs, à la télévision, demander à un invité s'il a apprécié le livre, le spectacle, ou la chanson de tel autre invité présent sur le plateau. A Quel beau moment de télévision nous assistons alors, quel pied de nez à tous les grincheux qui prétendent que le petit écran bannit la sincérité et combien de fois nous avons pu être émus par les compliments sans fard de ces faiseurs de dithyrambes.

    Il y a quelques années de cela, Joey Starr s'était fait vertement critiquer car il avait osé répondre par la négative à la question du présentateur d'une émission grand public qui lui demandait s'il aimait la musique du chanteur présent ce jour-là. Au bal des hypocrites, il faut savoir danser en rythme et éviter les fausses notes.

    Pourtant, même si c'était sans doute maladroit, il avait au moins eu le mérite de la sincérité. Est-ce sa faute si par leurs questions, certains journalistes ne laissent le choix qu'entre lancer des fleurs en plastic et des couteaux en acier ? Doit-on le condamner parce que le règne de la langue de bois ne le laisse pas de marbre ?

    « Peut-on en vouloir à un homme qui a su garder sa langue aussi belle après avoir léché tant de monde ? » disait Desproges à propos de Léon Zitrone.

    Que la télévision donne sa langue au show, ce n'est pas très étonnant, mais qu'elle se serve des autres et qu'elle les oblige à serrer les fesses pour jouer les faux-culs, ça a le don de me mettre de mauvais poil.

    Tout le monde n'a pas la répartie de Lucchini, qui, lorsqu'on lui demande s'il ira voir la pièce de théâtre dans laquelle joue Marianne James, en présence de celle-ci, répond finement :

    « Ah ben, t'imagines la maladresse de dire........non, non, avec plaisir  »

     

    Souhaitons qu'à l'avenir d'autres que Lucchini sachent faire ravaler aux journalistes leurs compliments de façade.

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  • Je me suis souvent demandé pourquoi autant de présentateurs de Radios Fm tenaient tant à nous asséner, dès le matin, le programme télé du soir.

    Naïvement, j'ai pensé pendant longtemps que c'était une vision proche du stoïcisme nous incitant à relativiser nos malheurs, du genre : « c'est Lundi, la journée va être pourrie au bureau mais ça pourrait être pire : il y a Joséphine Ange gardien et Louis La Brocante ce soir à la télé, vous voyez que tout ne va pas si mal »

    C'est effectivement une bonne thérapie de se dire qu'il y a pis. Mais, un jour, je me suis aperçu que les chroniqueurs semblaient réellement enchantés d'annoncer le programme télé du soir. Et là, je dois avouer que la cohérence du raisonnement m'échappe. Quel est le sous-entendu sinon « Rassurez-vous : vous êtes en train de vous ennuyer à mourir avec notre émission de nazes mais ça ira mieux ce soir »

    Personnellement, entendre parler du programme télé à la radio me pousse la plupart du temps à l'abandon de poste. Doit-on en conclure pour autant que la télé fait écran à la radio ?

    Marre....à bout ?

    Pas si sûr. D'une part, parce que si les radios avaient constaté des baisses d'audience, elles auraient sans doute changé de stratégie. D'autre part, parce que la diffusion de l'horoscope me semble aller dans le même sens : la programmation musicale est-elle si médiocre qu'il faille faire appel systématiquement aux hypothétiques bonnes surprises que la journée nous réserve pour éviter l'ennui ?

    Que les radios essayent, grâce à l'horoscope, de nous envoyer de bonnes ondes, ça peut se comprendre. Mais penser que parce qu'un devin du dimanche nous dit que les astres sont favorables, tous les voyants sont au vert, ça ne me semble pas très astro-logique. Comment faire confiance au hasard de la vie ? Est-il normal que pour retrouver le moral, jouer aux dés prime ? Comment être sûr, parce qu'on s'est fait tirer les cartes, de ne plus tirer la tronche ? N'est-ce pas un peu utopique de regarder dans une boule pour ne pas les avoir ? Que se passera-t-il si les signes du zodiaque calent ? Est-ce de bon augure pour la journée ?

    Quand j'entends la platitude des prédictions de ces oracles au désespoir, je ne peux m'empêcher de penser qu'il est humain de confondre inspirer la Pythie et faire pitié.

    Mais il y a pire. Les radios pourraient au moins avoir l'idée, à travers ces horoscopes, de se faire de la pub.

    ex. Pour Nostalgie : « un chagrin amoureux vous donnera envie d'écouter toute la journée de vieilles chansons pour replonger dans vos souvenirs » mais non, même pas. Au contraire, j'ai entendu l'autre jour un horoscope suggérer aux béliers un long voyage, sans même prendre la peine de vérifier si le pays en question hébergeait au minimum le site Web de ladite Radio.

    RTL avait eu le grand mérite, pendant des années, de faire un horoscope très clair et valable pour tous les signes et tous les jours de l'année : « si tu n'écoutes pas RTL 24 heures sur 24, tes rêves de thune peuvent faire leur valise »

     

    Comme quoi, pas besoin d'être une lumière pour devenir Madame Soleil.

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  • Chaque année, quelques jours avant le 31 octobre, je cherche sur internet la liste des pays ne fêtant pas Halloween et je rêve de déménager en Jordanie (comment auraient-ils réagi si la fête s'était appelée Halal'Oween?) ou dans la région d'Omsk, en Sibérie, où la fête a été interdite dans les écoles en 2013, tant je suis hanté par le souvenir de l'année précédente.

    Et pour cette édition 2014, bien que je ne croie pas aux fantômes, j'ai beaucoup de mal à imaginer qu'il n'y aura pas quelques revenants.

    Quel mal ai-je bien pu commettre pour devoir assister chaque année à une marche de zombies pas très futés sur les routes ? Rendre un culte aux morts signifie-t-il nécessairement rendre inculte à mort ?

    Je ne vais pas chercher à faire semblant ni à rester là sans maudire : être dérangé toutes les dix minutes par des gosses qui viennent me demander des bonbons, je crois que je préférerais encore l'écartèlement ou la roue. Même la fête des morts, à côté, c'est le 14 juillet.

    Si c'était pour nous filer une bonne bouteille de vin ou un bouquet de fleurs, passe encore. Mais pas du tout, c'est pour nous demander des bonbons et nous jeter un sort.

    Pourquoi des bonbons ? Pour leur santé, ne vaudrait-il pas mieux leur donner du jus de carotte, des yaourts au lait de brebis ou des choux de Bruxelles plutôt que de la gélatine de porc ? Le pire est que parfois, les parents sont là, à côté, tout contents de participer à cette fête de la malbouffe (je les soupçonne d'ailleurs fortement de ne pas rester chez eux pour ne pas être dérangés par les enfants des autres).

    J'ai souvent envie de leur demander pourquoi ils n'achètent pas eux-mêmes des bonbons à leurs mômes, s'ils y tiennent tant que ça, mais je sens qu'il faut que je me retienne. C'est sans doute que je ne comprends pas toutes les subtilités de cette célébration celte, et je ne voudrais surtout pas, un jour de Halloween, travestir le sens de la fête.

    Il faut dire aussi que cette coutume ne fait pas partie de notre culture. Sommes-nous obligés d'aller prendre des idées affreuses chez les autres ? Est-ce que les Etats-Unis auraient l'idée d'importer Plus belle la vie ? Ou nous Derrick ? (ah, non, mauvais exemple). Sommes-nous si désœuvrés qu'il faille maintenant assaisonner nos vies avec du celte ? Pourquoi pas fêter la Saint-Patrick et le Nouvel An chinois pendant qu'on y est ?

    Quand j'étais petit, mes parents me disaient de ne surtout pas suivre les adultes qui me promettaient des bonbons. Maintenant, ce sont les parents eux-mêmes qui envoient leurs enfants sucer la friandise du voisin.

    En outre, menacer de représailles les gens qui ne donnent pas de bonbons, c'est tout simplement du vol . Et il faudrait être de très mauvaise foi pour prétendre qu'apprendre le racket à nos enfants, c'est de la balle.

    Quant à la logique de cette fête, je dois avouer qu'elle m'échappe. Quel rapport entre les bonbons et les monstres ? Ils ne peuvent pas boire un bon bol de sang et de bave de crapaud, comme tout le monde ? Si on veut vraiment jouer à se faire peur et à célébrer le mal, allons jusqu'au bout : foutons-nous des tartes, insultons nous, faisons pire que les vampires mais se déguiser en zombie pour bouffer des fraises Tagada, c'est un peu comme se mettre à poil juste pour aller dormir : c'est du gâchis.

    Or, ne nous voilons pas la face, ce ne sont quand même pas les déguisements souvent très mal réalisés de ces enfants ni leur « trick or treat » qui vont nous faire peur. Si trouille il y a, c'est que nous sommes vraiment des courges. Même à Halloween, ce n'est pas sorcier de distinguer vessies et lanternes.

    Alors, la porte de sortie, l'ai-je pour briser cette malédiction ?

    Oui, fort heureusement, il existe quelques techniques pour passer un Halloween un peu plus tranquille. L'année dernière, par exemple, j'avais éteint toutes les lumières pour faire croire que je n'étais pas là. Mais j'étais constamment dérangé par le bruit de la sonnette. On peut alors la désactiver ou placer quelques paquets de bonbons sur la boîte aux lettres, derrière le portail.

     

    Mais le mieux, à mon avis, est encore d'accueillir les enfants avec un grand coup de pied occulte.

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  • Un office sans référence au Fils, une transcendance sans ascendance, un engagement sans vocation, des chants sans invocation, un thé au logis en guise de théologie et même des chorés sans curé : « L'assemblée du dimanche », qui se réunit au nord de Londres, c'est un peu comme le Canada Dry, ça ressemble à une église, ça a la couleur de l'église mais ce n'est pas une église. Est-ce pour ça que ça désaltère ?

    Oui, si l'on en croit ses deux fondateurs, les comédiens Pippa Evans et Sanderson Jones, qui ont « détecté dans la société une soif pour des rassemblements athées empruntant à la pratique religieuse », selon Le huffington Post.

    "Il y a beaucoup de choses dans la pratique religieuse qui n'ont rien à voir avec Dieu: (et vice versa, aurait-on envie de répondre) il s'agit de rencontrer des gens, de réfléchir aux moyens d'améliorer sa vie", explique à l'AFP Sanderson Jones.

    "Aider souvent, vivre mieux et s'émerveiller davantage", tels sont les préceptes de "l'Assemblée du dimanche", qui semble faire des émules aussi bien au Royaume-Uni qu' à l'étranger.

    A quoi ressemble ce type de cérémonie ? Le Huffington Post nous en donne un aperçu :

    « Appelés à réfléchir sur le thème du bénévolat, les fidèles chantent "Help" des Beatles et "Holding Out For A Hero" de Bonnie Tyler ». Il faut effectivement un certain sens du sacrifice pour supporter ces deux chansons.

    Ils écoutent ensuite un "sermon" prononcé par le fondateur d'une association spécialisée dans les questions d'éducation. Une autre fois, rapporte Lefigaro.fr, c'est « un professeur de physique à moustache », Russell Arnott, qui vient « animer une partie de la cérémonie » dans le but d’« expliquer les sciences à ceux qui sont nuls en sciences. »

    Bref, peu importe le thème de la prédication dans cette assemblée sans quête ni requêtes, du moment que c'est intéressant, éloquent et exprimé avec agrément.

    L'important, c'est de prêcher dans le disert. A condition simplement que ça ne dure pas une éternité.

    Enfin, toujours selon Le Huffington Post, « dans une intervention appelée "Pippa fait de son mieux", la comédienne-fondatrice suscite l'hilarité de l'assemblée en racontant ses expériences en matière de volontariat ». On ne pouvait décemment pas s'attendre à ce que la comédienne ne pipât mot.

    « L'office s'achève sous les vivats de l'assemblée et aux cris de "Qui veut une tasse de thé?"preuve que ce type de réunion est en tout cas la leur.

    Mais le succès de la "Sunday Assembly" ne s'arrête pas là. Il montre, selon ses fondateurs, que beaucoup d'urbains athées ressentent un besoin d'appartenance à une communauté.

    "Vous pouvez passer une journée entière à Londres sans parler à quiconque", souligne Pippa Evans. "Je pense que les gens ont vraiment envie d'un lieu de rencontre, qui n'implique pas de boire », commente la fondatrice, comme quoi tous les chemins de l'église sans Dieu ne mènent pas au rhum : on ne remplace pas nécessairement un Notre père par un autre verre. L'église sans Dieu n'est pas Woodstock, ni l'alcool ni la communion des seins ne seront jamais ses deux mamelles.

    Les fondateurs admettent que leurs célébrations empruntent beaucoup au christianisme. D'ailleurs, leur église a reçu le soutien de membres du clergé.

    "En fait les plus agressifs à notre égard sont sans doute certains athées, qui estiment que nous desservons l'athéisme, que nous n'avons pas une bonne façon de ne pas croire en Dieu. C'est assez drôle", remarque-t-elle.

    N' y a t-il pas une certaine logique à ce que les désirs d'élévation de ces laïcs ne fassent pas les Athées rire ? Eux pour qui la Foi n'est rien pensent sans doute que ces nouveaux adeptes ne font pas assez fi d'elle.

    Le problème de Dieu, s'il existe, c'est qu'il est omniprésent. Comment garantir alors à ces fidèles qu'il ne sera pas là ou pire, qu'il ne sera pas lui-même à l'origine de ces élans d'amour et de générosité que l'église sans Dieu promeut ?

    Le vicaire local Dave Tomlinson, venu d'une église voisine pour observer ses nouveaux "rivaux", déclare d'ailleurs : "J'ai senti qu'il y avait autant de ce que j'appelle Dieu ici que dans ma propre église ce matin", dit-il. "Tout ce qui a été dit ici aurait tout à fait sa place dans mon église. J'espère que cela va prospérer".

    En outre, on est en droit de se demander si créer une ambiance du feu de Dieu en son absence ne tient pas déjà du miracle.

    Mais les fondateurs de cette Eglise Athée ont tout prévu. L'un d'eux nous explique ( source :Franceinfo.fr) : "Imaginez que vous avez un caillou dans votre chaussure, vous n'allez pas jeter la chaussure, vous allez juste jeter le caillou. Voilà ce que nous avons fait, nous avons gardé le principe de la religion, mais nous avons jeté le caillou, qui est "Dieu"".

    Sachant que le principe de la religion, c'est de se rapprocher de Dieu, le raisonnement semble imparable. Le responsable de toutes les guerres de religion, de l'intolérance, de la haine, serait donc Dieu et les hommes seraient innocents de tous ces crimes.

    Mais là où l'église sans Dieu fait plus fort que l'église avec, c'est qu'elle parvient à enlever un caillou qui n'existe pas, l'église sans Dieu se revendiquant « athée ». Même à Lourdes, on n'avait jamais vu ça.

    Sur une Pierre, Jésus a bâti son église. Débarrassée de son caillou, l'église sans Dieu est bien décidée à construire la sienne.

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