• Cette nuit, j'ai rêvé que j'étais enlevé au paradis par Virgile qui me confiait ensuite à Béatrice, comme dans La Divine Comédie. Cette dernière m'accompagna au sommet d'une montagne, et voici ce que je vis : accompagné de Sisyphe, les derniers représentants de LR et du PS faisaient rouler Gérard Larcher et Jean-Christophe Cambadélis jusqu'en haut d'une colline pour l'éternité, Najat Vallaud-Belkacem portait Jean-Michel Blanquer sur un fil d'un kilomètre de long et trois centimètres de large juste au-dessus d'un fleuve infesté de crocodiles, Aymeric Caron et Anne Hidalgo faisaient de la trottinette sur l'autoroute, Marwan Muhammad jonglait avec des bouteilles d'acide percées et Emmanuel Macron prenait un bain de mer en compagnie de Jean-Claude Juncker à deux pas de la centrale nucléaire de Fukushima ; Maître Gim's et Vianney étaient attachés et bâillonnés dans la grotte du Cyclope, l'accès aux stylos, aux feuilles blanches et à l'ordinateur était interdit à jamais à Christine Angot et Rokhaya Diallo était condamnée à distinguer les 365 millions de nuances de gris et de bleu du ciel ;

     

    Dans ce monde idéal, chacun était enfin à sa juste place : Christophe Castaner était croupier dans un Casino, Aurore Bergé gardait des chèvres sur le Mont Olympe, les militants UPR recevaient 100 coups de fouet à chaque fois qu'ils disaient « Brexit ! », Jean Lassalle était compris de tous et Johnny Depp prenait une douche.

     

    Mais mon réveil se mit alors à éructer un discours de Benjamin Griveaux sur « la nécessité de mieux communiquer en faisant davantage de pédagogie » et je fus définitivement tiré de mon sommeil par la voix de mon fils qui fredonnait une « chanson » de PNL.

     

     

    Je ne m'attendais pas à faire si abruptement le chemin inverse de Dante.

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  • Cette nuit, je me suis réveillé en nage d'un terrible cauchemar. J'étais poursuivi par un énorme moustique femelle avec une longue crinière poivre et sel qui portait dans son ventre trois petits bébés moustiques. A chaque fois que j'essayais de l'écraser, Aymeric Caron me hurlait dessus : « Assassin ! », Christophe Castaner m'avertissait « Attention, vous vous apprêtez à commettre un attentat » et Edouard Philippe me disait : « A ce stade, aucun lien ne peut être établi entre les piqûres que vous avez sur le corps et ce moustique ». Effrayé par cet être mi-insecte mi-antispéciste, je décide de courir droit devant.

    Essoufflé, je me retourne pour voir si la chose a cessé de me poursuivre. Mais loin d'abandonner, elle se jette sur moi, je recule d'un pas et me fais renverser par une trottinette électrique conduite par Anne Hidalgo qui, dans un rire sardonique, me verbalise pour avoir traversé sans regarder un couloir réservé aux engins à Parisiens pressés.

    J'ai à peine le temps de contester que Mounir Mahjoubi me met face à mon infraction, grâce à un drone équipé d'une caméra de surveillance. Je tente alors de contester ce qui me semble être une injustice mais sans doute de façon trop virulente puisque Mounir presse le bouton Avia, ce qui me vaut une nouvelle sanction et trois insultes de Benjamin Griveaux en retour. Je cherche donc refuge auprès de Marlène Schiappa, qui passait par là, mais celle-ci prétend que je la regarde avec insistance et m'inflige 90 euros d'amende. Je décide enfin de me relever et constate que ma cheville est foulée.

    Trois membres de l'IGPN s'approchent et déclarent qu'il n'y a pas de lien entre ma chute et la charge du moustique qui n'a d'ailleurs jamais existé comme le confirme un rapport daté du 12 décembre. Pendant tout ce temps, Emmanuel Macron survolait la ville en ULM, traînant derrière lui une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Qu'ils viennent me chercher ! ».

     

     

    Je me réveille en sueur et avec d'épouvantables douleurs au coccyx, tout heureux de ne pas vivre dans ce monde de cinglés.

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  • Ce matin, tandis que mes paupières ensommeillées s'ouvraient avec la vitesse d'un ministre de l'Economie chargé de réfléchir à l'augmentation du SMIC et que je mouvais ma carcasse avec la dextérité de feu Pierpoljak après un concert de reggae fêté comme il se doit, le chant des oiseaux, célébrant le soleil qui dardait ses rayons d'argent à travers les écharpes de brume, comme le disaient si bien Les Inconnus, pénétra dans ma chambre.

     

    Tout ce que j'avais à faire pour présenter dignement à sa nounou ma fille et à mes collègues mon corps, putréfié par la chaleur moite du mois de juillet et par des rêves inavouables dans lesquels Najat Vallaud-Belkacem jonglait avec des déchets nucléaires de Fukushima, eut rapidement raison de ma fragile volonté de prendre le train à une heure décente pour qui prétend encore duper son entourage sur son attrait pour le labeur matutinal. J'arrivai donc à la gare avec une bonne heure de retard sur mes projections liminaires, heureux toutefois de la perspective réjouissante de partager mon insignifiance et mon indifférence passionnée avec mes futurs co-condamnés aux transports en commun franciliens.

     

    J'en étais à peu près là de mes réflexions lorsque je me rendis compte que dans la précipitation, j'étais parti sans mon sac, ce fidèle compagnon de mon ennui quotidien, ce valeureux témoin de mon insondable médiocrité. Comme j'habite à un quart d'heure de la gare, je pris le train environ cinquante minutes plus tard, avec la ferme intention de travailler efficacement pour terminer cette chronique que j'étais censé enregistrer à 14 heures et qui allait, je n'en doutais pas, changer le quotidien de dizaines d'internautes piégés par leur algorithme.

     

    Mais c'était sans compter sur la volonté farouche d'un francilien de partager avec toute la rame son goût pour les chants de supporters avec toute la force que peut donner l'ingurgitation de quelques litres de 8.6. Il me restait encore un peu de temps avant de m'avouer vaincu et je projetais de redoubler d'idées et de concepts « inspirants » dès mon arrivée sur mon lieu de travail. J'appris très vite que l'on n'avait pas lu l'article que j'avais envoyé hier et qu'on ne comptait pas le lire tout de suite. Quant à celui que j'avais envoyé la semaine dernière, mieux valait l'oublier. L'espace d'un instant, je compris enfin le vide abyssal et le sentiment plénier d'inutilité que pouvait ressentir le rédacteur d'un discours de Benjamin Griveaux.

     

     

    Je décidai donc d'écrire ce billet, tout aussi inutile que les précédents, mais que, validé par moi-même et publié sur mon blog, personne ne pourrait me refuser.

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    Qu'y a-t-il de plus agréable, au cours d'une exposition, que d'entendre les commentaires de ses contemporains au moment même où l'on se laisse absorber par un tableau et où l'on ne rêve que de contemplation ?

     

    Quoi de plus vivifiant pour le cerveau que d'écouter des aveugles parler de Miró ou des cassos partir à l'assaut du coup de pinceau de Picasso ? Quoi de plus voluptueux que d'être tiré de sa rêverie par ceux qui veulent à tout prix évoquer leur dernier resto devant Le Déjeuner sur l'herbe ou leur dernière fellation devant la pipe de La Trahison des images, sans même parler de tous ceux qui confondent branlette intellectuelle et astiquage de pinceau ?

     

    Certains qu'on peut discuter des goûts comme on discute des couleurs, ils se sentent obligés de dire sans cesse et sans argument s'ils aiment ou s'ils n'aiment pas. Se prenant pour des spécialistes, d'autres ajoutent à Delacroix la bannière en ne pouvant s'empêcher de faire leur coq devant un Poussin, incapables qu'ils sont de se Courbet devant la puissance de l'art, eux dont la seule devise est « Veni, Vidi, Vinci ».

     

    Croyant, grâce à la large palette de leurs réflexions, révéler un artiste alors qu'ils n'en esquissent même pas le brouillon du portrait, ils tirent un trait sur l'art sans se rendre compte du Degas qu'ils font. Il faut être un peu Léger pour penser que l'on peut apporter quoi que ce soit aux chefs d'œuvre et qu'ils pourraient par leurs commentaires rendre à ces arts ce qui appartient à Cézanne.

     

    Je suis en pareil cas souvent contraint de réprimer un Cri, et il s'en faut de peu que je les Munch sur place. Je deviendrais fresque violent. Je dois réfréner d'irrépressibles envies de leur rendre le Monnet de leur pièce et je rêve que je les Braque avant de leur tirer deux balles dans le Buffet.

     

     

    Heureusement, comme je déteste avoir le mauvais Warhol, je finis par calmer mon Corot. Et je Magritte avec force aux impressions que ces immenses artistes m'auront laissées pour ne jamais jeter le bébé avec l'eau d'Rubens.

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  • Il y a un autre fléau du monde du travail que le chômage ou les bas salaires, et dont on parle assez peu, c'est l'absence de reconnaissance.Trop de supérieurs ont tendance à penser qu'à partir du moment où ils nous donnent notre fiche de paie, on doit leur fiche la paix. Certains d'entre eux vont même jusqu'à considérer que l'argent donné autorise toutes les pressions. Or, ce n'est pas parce qu'on verse le salaire du labeur qu'on doit instaurer le sale air de la peur.

     

    D'un autre côté, il faut reconnaître qu'attendre à tout prix de la gratitude de son chef, c'est être à son merci. Les compliments ne font pas tout et ne sont parfois qu'une introduction à une demande de service, voire la compensation à une absence de rémunération digne de ce nom. Car le montant du salaire valide également la qualité du travail et participe à la reconnaissance. Mais de ce côté là aussi, les patrons jouent souvent avec nos (actio)nerfs. Et il y a parfois un gouffre entre notre gagne-pain et leurs pots de vin.

     

    La pression peut parfois prendre des formes très subtiles. Des études récentes ont bien montré à quel point l'absence de hiérarchie visible et la fausse complicité instaurée par certains boss ne sont parfois qu'un moyen de mieux nous exploiter et de profiter de notre candeur enfantine pour nous refiler le bébé. Il est très difficile de refuser une demande de son supérieur faite sur le ton de l'amitié. Et même quand on a roulé sa bosse, on y regarde à deux fois avant de rouler son boss.

     

    Pourtant, ce n'est pas parce qu'il y a de la connivence qu'on avance et cela n'empêche pas certains chefs, au contraire, de faire ployer l'employé et de l'obliger à tous les secrets taire en le condamnant à demeurer un terne subalterne, un élément décoratif inerte, autrement dit une espèce d'occis lierre.

     

    Tous les prétextes sont bons pour priver l'employé de gratitude : sa jeunesse, son inexpérience, sa flexibilité, son imperfection. Mais, comme ne le disait pas encore Corneille, la mise en valeur ne doit point attendre le nombre des années et si nul n'est parfait, imparfait n'est pas nul.

     

    Dans beaucoup de grandes entreprises, il y a tant de chaînons que le résultat de son propre travail n'est même plus visible et que le rapport au grand patron n'existe plus que de manière totalement virtuelle. Nous n'avons alors plus l'impression d'être le maillon d'une chaîne mais plutôt le brin d'une corde à laquelle il nous tarde de faire un bon nœud coulant.

     

    Au-delà de la crise de vocation, qui peut arriver à tout le monde- ce ne sont pas Marlène Schiappa et Christophe Castaner qui diront le contraire-, il semble difficile pour beaucoup de se sentir, sinon comblé, tout au moins utile dans son travail. Et il faut parfois être un virtuose du job art pour ne pas devenir fou.

     

    Comment améliorer la situation sans envoyer chier la hiérarchie ? Faire état de son mal-être peut aider mais mettre ses couilles sur la table ne permet pas toujours de prévenir le burnes out. Peut-être faut-il commencer par prendre conscience que, tout comme le chantait si mal David Hallyday, « tu n'es pas seul ».

     

    Dans tous les cas, n'hésitons pas à évoquer ensemble nos frustrations et discuter le bout d'ingrat pour ne plus être pris pour une saucisse. 

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