• Hier matin, 10 heures : j’ai amené les enfants à l’école, pris mon petit-déjeuner et m’apprête à affronter une journée de travail à la maison. Mais la maison est très sale et on attend du monde le soir même. Je décide donc de faire un peu de ménage et d’étrenner mon nouvel aspirateur. Quand je l’ouvre, je crois revivre mon premier noël : revêtu d’un manteau blanc immaculé, l’aspirateur me contemple, serein, j’ai même l’impression qu’il me sourit.

    Je me dirige donc vers l’endroit poussiéreux le plus proche-autant dire que je ne bouge pas-, l’ennemi à poussière dans une main et des étoiles dans les yeux. Je laisse glisser l’autre meilleur ami de l’homme sur le carrelage et l’accompagne d’un pas de promenade. Pendant quelques minutes, je m’adonne à l’ivresse de la contemplation et crois revivre les rêveries du promeneur solitaire. Mais au bout de quelques minutes, j’ai la nette impression que quelque chose trouble ma concentration : mon dos et mon bras droit sont anormalement crispés. Je réfléchis, l’aspirateur n’est pourtant pas lourd, il n’accroche pas non plus, sa course est souple et sinueuse. Quel est le problème alors ? Il est simple, le tube est trop court et m’oblige, bien que je ne sois pas très grand, à me pencher légèrement vers l’avant. J’avais constaté la même chose sur mon ancien aspirateur mais j’avais alors attribué cela à la mauvaise qualité supposée de celui-ci.

    Là, en revanche, plus de doute possible : il semble que les concepteurs de ces appareils n’aient jamais envisagé, au XXIème siècle, l’éventualité qu’un homme puisse passer l’aspirateur. A l’heure où les femmes se mettent au catch et où les hommes s’épilent sous les bras, à l’heure de l’Internet illimité, le libre accès au nettoyage nous serait interdit ?

     Non seulement l’aspirateur semble conçu exclusivement pour les femmes, mais, plus grave encore, étant donné la taille du tube, il ne paraît adéquat que pour les femmes de moins d’un mètre 60, autrement dit, les Portugaises.

    Peut-on continuer à tolérer le sexisme et la xénophobie des concepteurs ? Nous qui sommes poussière, nous ne pourrions pas retourner la poussière ?

    Chers amis, je crois qu’il est temps d’aspirer à un monde meilleur

     

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  • On qualifie souvent la soupe que l'on entend sur les ondes de musique d'ascenseur ou de supermarché. Comment interpréter cette image ?

    Musique qu'on ne remarque pas tellement elle est passe partout, tellement elle n'a pas d'identité propre.

    Musique qui n'est pas destinée à une véritable écoute et qui n'a donc qu'une fonction utilitaire de fond sonore.

    L'association au supermarché rappelle sans doute le côté commercial de cette musique dont le but serait avant tout de vendre et pas nécessairement.de rechercher le plaisir de l'auditeur ou la meilleure mélodie possible mais plutôt celle qui va le plus facilement rester dans la tête.

    Je me vois effectivement mal écouter Drouot de Barbara ou je te donne de Léo Ferré en achetant des bananes à Intermarché. Mais n'est-ce pas là toute l'utilité de cette musique de supermarché ? N'y a t-il pas une musique qu'il est agréable d'écouter en fond et une autre qui demanderait une écoute attentive ?

    Pourtant, tout n'est pas si simple. Il y a certaines musiques qui, même au supermarché, même en fond sonore, seront toujours trop bruyantes et ne me permettront jamais de ne pas me rendre compte qu'elles sont en train de passer et ces chansons sont pourtant souvent rangées dans la catégorie « musique de supermarché ».

    Il faudrait donc créer une troisième catégorie. Lorsque j'entends certains journalistes qualifier la « musique » de Natasha Saint Pier de « musique de supermarché », je ne peux m'empêcher de trouver cela extrêmement flatteur. L'appellation « musique de merde » me semble à la fois plus appropriée mais également plus scientifiquement exacte.

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  • Samedi matin 10 heures, comme chaque semaine, je fais mon marché. Après être passé chez le boucher et le fromager, je termine mon tour par le maraîcher. Beaucoup de fruits, quelques légumes, pas trop parce qu’il m’en reste pas mal de la semaine précédente, ce sont surtout les haricots qui me font envie, je sais qu’ils sont très bons et il y a bien longtemps que je n’en ai pas mangé mais la question du maraîcher m’arrête net « vous les voulez effilés ou pas effilés ? ». Je reste coi quelques secondes puis je réponds : « non effilés, ça ira merci ».

    Quel plaisir y a-t-il à manger des haricots si on ne les effile pas ? Aurait-on perdu à ce point la notion d’effort qu’on en oublie qu’elle peut contenir le plaisir ? Va t-on me proposer de me les pré-mâcher la prochaine fois ? Que dirais-je si ma femme me donnait la becquée ? Ou le sein ? Non, mauvais exemple.

    Je rentre chez moi pensif. Il est 10 heures 30 mais j’ai une envie soudaine et presque irrépressible d’effiler mes haricots. Est-ce que je cherche à me prouver que j’adore ça ? Je ne sais pas mais je ne fais rien d’autre. Pas question d’écouter de la musique en même temps pour cette fois-ci, je suis tout à eux. Qu’il est agréable ce petit bruit de cassure de la tige et qu’elle est douce, cette sensation d’avoir attrapé un fil et d’en avoir débarrassé le haricot reconnaissant. Il y a un plaisir viscéral à faire cette opération, qui tient autant de l’avarice, car on les tient en mains, on les possède, que de la perte car on destine leurs queues à la poubelle.

    Mais tout l'intérêt de cette opération réside plutôt dans la double satisfaction qui la suit : celle du devoir accompli et celle qui nous fait mesurer le prix de ce qu'on mange.

    J'en viens alors à me demander si ces haricots ne pourraient pas symboliser nos vies entières. A quoi ressembleraient nos vacances si on ne travaillait pas ? Nos vies si on ne mourait pas ? Et, pour paraphraser Platon, que serait le Beau sans le Laid ? Le Petit sans le Grand ? etc....

     Et je me dis alors qu’il n’y aurait jamais eu Knysna ou Kiev si des haricots avaient été un tant soit peu effilés car peut-on envisager sérieusement que Samir Nasri ou Jérémy Ménez aient déjà effilé des haricots ?

    Cette fois, j'en suis sûr, le manque de motivation de certains joueurs professionnels vient de là : à force de ne pas laver leur maillot, de ne pas cirer leurs godasses, de ne pas gonfler leurs ballons, de ne pas préparer leur sac, ils ont perdu l’émerveillement, ils ont déplacé leurs contraintes sur l’entraînement, parfois même sur les matches.

    Dire que la motivation ne tient parfois qu’à un fil serait sans doute de mauvais goût, en revanche, je me demande si on ne peut pas en conclure que pour la France, c'est la fin des haricots. Espérons que Deschamps ne se défile pas.

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