• Quand le matin de Noël, je commence à palper, à travers le papier cadeau, la forme d'un livre, il m'arrive parfois de croire à la légende du Père Fouettard et de me demander quel crime j'ai bien pu commettre pour subir un tel châtiment.

    Et je ne sais pas ce que je redoute le plus : revenir aux racines du mal avec Adam ou toucher du doigt l'immortalité de Jean d'Ormesson. La peur d'être gavé de Gavalda ou l'angoisse de découvrir les dernières histoires de fesses d' Angot, celle qui confond sans cesse réalité et frictions et qui croit faire de l'art en faisant du cochon.

    Car il ne suffit pas de peloter un livre pour être excité, loin de là. Et le problème ne vient pas seulement de sa platitude.

     

    Devant la mort de la littérature : à vos recueils 

    Mon premier réflexe serait d'alimenter le feu avec ces bouquins et je me dis qu'après tout, se servir d'un Amanda Sthers comme d'une bûche, c'est une bonne façon de montrer de quel bois on se chauffe. Mais brûler un livre est un bien mauvais symbole et risquerait d'échauffer les esprits pour rien.

    Je ne suis évidemment pas obligé de lire ces livres mais il faut avouer que classer Gavalda juste à côté de Gary, c'est un peu la promesse du crépuscule et puis pas besoin d’en connaître un rayon en littérature pour comprendre que trouver une place à un de ces « livres » dans sa bibliothèque, c’est déjà trop lui en faire.

    L'autre problème, c'est qu'à la base, je ne sais absolument pas faire semblant.  Alors faire semblant de prendre du Foenkinos pour du Flaubert ou du Douglas Kennedy pour du Oscar Wilde, c'est prendre des écrits pour des glands ternes et ça demande carrément des dons de prestidigitation. Or le seul lapin qui risque de sortir du chapeau, c'est celui que l'auteur pose à la littérature.

    Reste l'improbable effort d'imagination. Mais c'est comme essayer de faire passer le surimi de la cantine pour du homard : il faut se pincer pour y croire.

     

    Tel est prix qui croyait prendre 

     

    Pour couronner la laideur ambiante, on ne trouve plus maintenant de livre sans son bandeau.

    C'est, il faut l'avouer, une démarche honnête de la part de l'éditeur que d'inviter le lecteur à se le mettre sur les yeux pour éviter toute mauvaise surprise et cela symbolise parfaitement l'aveuglement auquel il faut se soumettre pour se faire croire qu'on a affaire à de la littérature.

    Quant à la tête d'Amélie Nothomb en couverture, elle participe de la même démarche de sincérité, elle a le mérite de ne pas nous mentir : « Attention : ici, tout rêve est interdit ».

    Et puis il y a les prix : tant de gens continuent à être convaincus que cela confère au livre l'assurance d'une certaine valeur littéraire qu'ils regardent tous ces brochés avec des yeux de merlan frit, comme s'il s'agissait de caviar.

    Et peu importe que la littérature coule. Pour les éditeurs, l'important est de savoir prendre l'acheteur dans ses filets pour continuer à noyer le poisson.

     

     

     

     

     

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  • Attention à la mâche

    « A trois ans, elle mâchait du chewing-gum », m'a dit un jour une maman pour m'expliquer combien sa fille était en avance. Le pire, c'est qu'elle était tellement fière en racontant cette histoire de chewing-gum, qu'elle n'a même pas vu que j'avais du mal à l'avaler.

    Moi qui croyais avoir entendu tous les discours pré-mâchés possibles sur les enfants, je ne m'attendais pas à ce que mon cerveau à la masse tique encore.

    Mais j'ai de quoi me consoler : dans l'ascension des parents vers la vénération de leurs enfants, il aurait été dommage de rater la dernière mâche.

    L'amour rend aveugle, l'orgueil aussi

    « Il est hyper autonome », m'a dit un jour un papa, tout fier que son enfant aille régulièrement se servir à la cuisine en gâteaux sans rien demander à personne.

    J'ai failli lui demander s'il se servait également tout seul en épinards et en carottes râpées et s'il pensait bien, lorsqu'il préparait ses repas, à associer les huit acides aminé essentiels. Mais je n'ai finalement pas eu besoin de le faire car quelques minutes plus tard, son fils lui-même m'a apporté la réponse sur la moquette du salon, confirmant ainsi que ses repas étaient encore trop riches en glucides et que son père confondait autonomie et gâteaux vomis.

    Le problème, c'est que se faire dominer par un enfant tyrannique, ce n'est pas seulement gênant pour l'adulte, ça l'est surtout pour l'enfant : c'est un double « cas mouflet ».

    Un écran de fumée ?

    « Elle se débrouille super bien sur son ordinateur » m'a dit un jour une maman qui tentait de justifier l'échec de sa fille à l'école par l'aveuglement de la maîtresse qui ne savait pas reconnaître ses capacités.

    Quel dommage effectivement que les professeurs ne voient pas que faire le mac avec son ordi est, à notre époque, révélateur d'un immense talent.

    Tout comme savoir utiliser le magnétoscope que nos parents ne savaient parfois même pas faire fonctionner, était, de notre temps, révélateur de (télé) génie.

    Une autre fois, c'est un papa qui a expliqué à mon fils, qui reprochait au sien d'avoir triché, que c'était impossible car « il ne triche jamais », ce que je l'ai pourtant vu faire de mes propres yeux, quelques secondes plus tard. Quand on prend son fils pour le roi, il ne faut pas s'étonner qu'il en cache parfois un dans sa manche.

    Quant à moi, j'ai déclaré, avec beaucoup d'assurance, cet été, à ma sœur, que si mon fils aîné était gourmand, il avait le mérite de toujours demander l'autorisation de se servir avant de le faire. Tout ceci alors même qu'elle venait de voir exactement le contraire quelques minutes plus tôt.

    Montrer son majeur ou exposer son mineur

    Il est évidemment mieux de désirer un enfant et de vouloir le meilleur pour lui que de procréer avec un inconnu sous l'effet de l'alcool et de faire rimer progéniture et prochaine biture. L'idée n'est évidemment pas de rejeter son rejeton et de lui souhaiter une fin tragique en faisant un mort-vœu.

    Mais si nous ne nous servons plus de nos enfants comme de la main d’œuvre pour cultiver les champs, je me demande parfois si nous ne continuons pas à les utiliser, d'une autre façon. Pour nous mettre en valeur aux yeux des autres ou à nos propres yeux.

    Nous leur donnons des prénoms originaux et les mettons dans des écoles Montessori pour être sûrs qu'ils seront bien tous uniques, de la même façon que nos grands-parents tenaient à ce que leurs enfants ne se distinguent pas des autres, afin de se prémunir du qu'en dira-t-on.

    Peut-être est-il encore temps d'en prendre conscience. Mieux moutard que jamais.

     

     

     

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  • Malgré l'air de fête qui devrait régner en ce jour de joie, la Fête de la Nativité est encore trop souvent synonyme d'ambiance de mort. Pour ceux qui ont la chance de la fêter, car il n'est pas rare de ne pas savoir où l'on crèche à Noël.

    Pour ceux qui ont cette chance, donc, tout l'art de cette fête va consister à ne pas confondre les courses de Noël et la course contre Noël.

    Voici quelques conseils pour ne pas trop user vos souliers avant de les déposer près de la cheminée.

    Comment remplir la hôte avec des bourses vides ?

    Voilà le premier gros problème posé par Noël.

    Il y a bien sûr la possibilité de se brouiller avec sa famille juste avant les fêtes. Si les rapports sont tendus avec celle-ci, vous êtes doublement gagnants. Mais vous vous privez de la possibilité de recevoir des cadeaux. Et si vous aimez un tant soit peu vos proches, il faudra ensuite trouver le moyen de se réconcilier avec tout le monde et ce n'est pas facile, surtout si votre anniversaire est en janvier.

    Si votre famille est suffisamment grande, vous pouvez tenter l'absence de cadeau. Avec un peu de chance, personne ne se rendra compte de rien. Et si ce n'est pas le cas, vous pourrez toujours accuser le Père Noël : il est primordial de ne pas le laisser tenir les rênes pour paraître blanc comme neige. Faire des présents tout en étant absent des courses, c'est endosser le beau rôle, au nez et à la barbe de celui-ci. Dites-vous bien que de toute façon, à force de passer par les cheminées, il n'y verra que du feu.

    Si votre petite famille ne vous permet pas de choisir cette option, vous pouvez essayer quelque chose de plus audacieux, comme répondre de temps en temps « c'est moi » à la question « Qui m'a fait ce cadeau ? ». Il convient évidemment d'être discret et de saisir une occasion où les autres sont occupés. N'hésitez pas également à glisser que « c'est un cadeau commun » au cas où le véritable auteur du cadeau se manifesterait un peu plus tard.

    Éviter que le repas vous pèze

    Enfin, se pose le problème du repas : le froid de canard ne garantit en rien le foie gras d'oie. On ne peut évidemment pas, le soir du Réveillon, se contenter d'un potage, au risque de déclencher la soupe à la grimace. Pourtant, avec quelques astuces, on peut donner l'impression de festin sans dépenser un sou. Quelques toasts sans foie gras, un plat d'huîtres vides non accompagné de Champagne seront autant d'éléments capables de créer la magie de Noël à peu de frais. Pour porter un toast, il suffira alors de bien soulever sa tranche de pain de mie et de parler d'une voix forte. Et peu importe qu'il n'y ait pas de Champagne, du Champ' omis, c'est toujours mieux que rien.

    Fuir les déco-rations

    Mais Noël, ce n'est pas qu'un problème d'argent, c'est aussi une question de temps. Sachant que le temps, c'est de l'argent, quand on voit les files d'attente dans les magasins, on se dit que le serpent n'a pas fini de se mordre la queue.

    « FNAC le vingt-quatre, Noël grisâtre » dit le proverbe. Mais nous avons, je crois, suffisamment expliqué plus haut comment gagner du temps dans l'achat des cadeaux.

    Passons au sapin. Si acheter des lumières et des guirlandes vous met trop les boules, il vous reste trois possibilités :

    -acheter un tout petit sapin, la décoration prendra quelques secondes mais c'est à éviter si vous recevez du monde chez vous le 24 : le mini-sapin n'empêche pas la maxi honte.

    -ressortir la déco de l'année précédente.

    -utiliser ce que vous avez sous la main. Des boules de pétanque peintes, des lacets colorés, des pommes de pin ou des cannelloni crus peuvent aisément faire office de décoration.

    Alors, certes, il reste l'après Noël.

    Il y a d'abord la déception que procurent certains cadeaux. Ce n'est pas parce que les souliers regorgent de paquets que l'on trouve nécessairement chaussure à son pied.

    Et puis il y a les restes de Noël après la fête : les aiguilles dans le salon, les miettes dans la cuisine et les gastros dans la salle de bain. Mais courage : c'est là qu'on verra vraiment ce que vous avez dans le ventre.

     

     

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  • « La neige au Sahara » d' Angun

    Le titre de ce poème d'amour ainsi que le lieu dans lequel se déroule l'action confrontent d'emblée le lecteur à un double problème. Le désert et la neige semblent être aussi peu l'un que l'autre propices à l'amour : le premier parce qu'il symbolise la solitude et la sécheresse et la deuxième parce qu'elle s'oppose à la représentation traditionnelle de l'amour comme un feu et symbolise plutôt la froideur, la rudesse et l'absence de sentiments.

    L'impossibilité apparente de faire cohabiter ces deux éléments renforce cette impression. Mais tout l'art d'Angun dans son poème consiste justement à dépasser cette impossibilité et à réconcilier l'irréconciliable par la force de son amour. « La neige au Sahara », c'est le symbole du miracle que seul l'amour peut accomplir.

    Dis-moi simplement si tu veux de moi La présence de l'impératif dès le premier vers indique que l'intimité entre la poétesse et le destinataire du poème est très forte. L'adverbe « simplement » semble sous-entendre que les explications du personnage n'ont pas toujours été très claires ni satisfaisantes. La poétesse donne d'emblée une idée de la puissance de son amour pour celui qui semble être son compagnon en se mettant en position d'objet de la phrase comme si elle se remettait en son pouvoir tandis que celui-ci est sujet, c'est lui le décisionnaire.
    Quand tu partiras là-bas. L'utilisation de la conjonction de subordination de temps à la place par exemple de l'hypothétique « si » laisse peu de place au doute : le départ du personnage semble d'ores et déjà acté, ce que confirme l'emploi d'un futur quasi prophétique. L'adverbe de lieu « là-bas », par le flou qu'il entretient sur la destination, marque la distance que prend la poétesse par rapport à cette décision, ce que confirme l'emploi des démonstratifs « ces « au vers 3 et « cet » au vers 4.
    Vers ces dunes sèches de sable et de vent. La poétesse insiste sur l'aridité du lieu et la rudesse du climat avec la triple expansion du nom « dunes » (un adjectif + deux compléments du nom) et l'allitération en « s »(« ces », « sèches », « sable »)
    Cet océan jaune et blanc. La métaphore liquide, en créant un contraste avec la sécheresse du climat, contraste renforcé par l'antithèse « sèches »/  « océan » annonce le danger qui guette le personnage. Mais cette métaphore insiste également sur l'immensité du lieu et annonce déjà le motif de la solitude, repris dans le distique. La double référence aux couleurs, en plus de l'impression de réel, met en valeur la monotonie du paysage : le désert n'est pas seulement une prison physique et mentale, c'est également une prison visuelle.

    Perdu dans le désert
    Tu es perdu dans le désert. La répétition, par l'écho qu'elle créé, semble montrer que le personnage ne peut se répondre qu'à lui-même dans ce lieu aride.

    Montre-moi ma place sur ces pierres flammes Le deuxième couplet commence lui aussi par un impératif mais celui-ci se fait plus pressant : il ne s'agit plus seulement d'intervenir par le discours, il convient également de confirmer l'importance de la poétesse par les actes. Cet impératif semble également sous-entendre que la requête de celle-ci n'a pas eu de réponse. L'apposition « pierres flammes » met en valeur l'extrême chaleur qui règne dans le désert. Les pierres ne sont pas seulement comme des flammes, ce sont des flammes en tant que telles. La rime signifiante flammes/âmes insiste sur la puissance de son amour.
    Pour que j'oublie les jours d'avant L'utilisation du déictique « avant » alors même que les personnages ne sont pas encore sur place en dit long sur le pouvoir de projection de la poétesse. La double proposition subordonnée circonstancielle de but montre d'ailleurs sa détermination et annonce le changement de rôle de celle-ci. Elle ne veut plus se contenter d'être spectatrice de la situation mais actrice de celle-ci, comme l'illustre le renversement : elle devient sujet (« j'oublie », « je protège ») tandis que son compagnon devient COD à travers la double référence à « ton corps » et « ton âme »
    Pour que je protège ton corps et ton âme La présence simultanée des pronoms de première personne et des déterminants possessifs de deuxième personne amorce le rapprochement des personnages, qui n'est plus soumis, comme dans le vers 1, à l'hypothèse.
    Des mirages que tu attends Le mot mirage, employé dans sa double acception, rappelle au personnage la différence cruelle entre les rêves et la réalité et sous-entend qu'il vit dans l'illusion.

    Perdu dans le désert. L'absence de répétition semble indiquer que même l'écho a disparu, le dialogue intérieur a lui aussi cessé d'exister, la solitude du personnage est totale.

    Si la poussière emporte tes rêves de lumière La personnification de la poussière rappelle doublement à l'homme sa petitesse, d'abord car celui-ci semble à sa merci (c'est elle qui fait l'action, l'homme la subit, bien que cette situation ne soit qu'une hypothèse) ensuite par sa dimension symbolique : c'est d'elle que l'homme a été tiré et c'est à elle qu'il retournera. (Genèse) . Le mot « rêves » fait écho au mot « mirage » et confirme les illusions du personnage.
    Je serai ta lune, ton repère Le « je » et le « tu » se mélangent par le truchement du verbe d'état qui associe le sujet à ses attributs. Ils annoncent le rapprochement définitif des personnages et le « nous » du vers suivant. La poétesse passe du statut de servante à celui de guide, un guide autant matériel (« ton repère ») que quasi-mystique (« ta lune »). L'emploi d'un futur prophétique témoigne une fois de plus de la détermination et de l'amour de celle-ci.
    Et si le soleil nous brûle, je prierai qui tu voudras. La double hypothétique (« si la poussière », « si le soleil ») confirme cette impression. Le pronom personnel de première personne « nous » apparaît pour la première fois, l'amour de la poétesse est tel qu'il a le pouvoir de reformer le couple. L'absence d'identification du dieu auquel elle adresse ses prières confirme que c'est davantage le personnage qui adresse les requêtes, par sa détermination, que le dieu censé les exaucer, qui a le pouvoir d'influer sur les circonstances.
    Pour que tombe la neige au Sahara C'est le vers clé du poème. L'expression « la neige au Sahara » forme un oxymore mais l'amour de la poétesse seul semble être capable de créer ce miracle que les dieux ne peuvent exaucer.

    Si le désert est le seul remède à tes doutes
    Femme de sel, je serai ta route L'absence d'article devant le substantif « femme » montre à quel point la poétesse est prête à renoncer à sa personne autant qu'à son individualité afin de se mettre au service de son amant. Elle n'est plus seulement le repère géographique de ce dernier (cf « je serai ta lune, ton repère) mais son marchepied, son tapis rouge, ce qui n'est pas sans rappeler un autre grand texte contemporain bien que postérieur, celui de Maître Gim's « J'aimerais devenir la chaise sur laquelle elle s'assoit/ Ou moins que ça, un moins que rien/ Juste une pierre sur son chemin » (Bella). La référence à la statue de sel confirme la notion de soumission de l'amante mais également sa capacité à s'adapter au milieu, à se fondre dans le décor (on pense au désert de sel) par amour.
    Et si la soif nous brûle, je prierai tant qu'il faudra. Le « nous » est employé une deuxième fois, comme pour sceller définitivement la re-formation du couple. La subordonnée circonstancielle de comparaison a remplacé la relative derrière le verbe prier, ce qui confirme que le destinataire des requêtes importe peu et que seule l'ardeur des personnages pourra les sortir de cette situation.
    Dis-moi si je peux couvrir tes épaules. L'impératif « dis-moi » suivi de l'hypothétique fait écho au vers 1, ce qui symbolise un retour à la situation initiale : le couple, bien qu'ébranlé, s'est reformé. Mais la structure en chiasme laisse également planer une menace sur le voyage des amants. Le « je », par l'utilisation du semi-auxiliaire « pouvoir » dans la périphrase modale, est à la fois dans la soumission et dans l'action puisqu'il s'en remet à la décision de l'amant mais est également sujet tandis que l'amant est en position de COD. La dimension maternelle, que ce soit par la présence du verbe « couvrir » et l'action de réchauffer mais également par la symbolique des épaules (l'idée de protection, la notion d'épauler) est très présente. La femme remplit la triple fonction de servante, de mère et d'amante, ce qui fait écho à l'absence d'article devant le mot femme, comme vu précédemment.
    De voiles d'or et d'argent. Ce vers confirme que la protection est avant tout symbolique. Ici, il s'agit davantage d'un sacrifice que la fidèle voue à son idole que d'une tentative de le réchauffer. L'or rappelle à la fois la couleur du sable tout en s'y opposant puisque celui-ci avait été qualifié de « jaune » dans le premier couplet. On constate d'ailleurs que le même système est utilisé pour l'argent qui s'oppose au blanc du sable évoqué précédemment. On a ainsi l'impression que si ce sable envahit le paysage, c'est pourtant l'amant qui l'illumine de sa présence. L'or symbolise à la fois la pureté, la majesté et le principe divin dans la matière, l'éternité. L'argent symbolise également la pureté mais est davantage associé au pôle féminin. L'or et l'argent symbolisent donc ici l'alliage parfait de la femme et de son amant.
    Quand la nuit fera tourner ta boussole
    Vers les regrets froids des amants. La disparition des pronoms de première et deuxième personne coïncide avec la mise à distance des personnages :« des amants ». La poétesse est prête à tout pour accompagner celui qu'elle aime mais cela n'agit en rien sur sa lucidité. Elle reste capable d'envisager sans affect leur avenir, comme le montre la postposition de l'adjectif « froid », mis en valeur par le contraste qu'il créé avec la chaleur du lieu et des termes comme « brûle ». La boussole est ici utilisée dans son acception symbolique, elle n'indique pas les points cardinaux mais la direction à suivre : celle du retour à la maison. Il faut noter également que c'est la nuit personnifiée, symbole à la fois des obstacles rencontrés (le froid, la peur) et de l'incertitude, qui incline l'aiguille de la boussole.

    L'amour apparaît donc dans ce poème comme le seul dieu digne de foi, le seul capable de répondre favorablement aux requêtes et de déplacer les montagnes.

    Ce poème fait écho en cela à celui de Jean-Jacques Lafon, qui dans Le géant de papier,

     

    rappelle tout ce que le plus grand des sentiments peut permettre à l'amant d'accomplir. « Demandez-moi de combattre le Diable, d'aller défier les dragons du Néant ». Mais là où le poète du Géant de papier se heurtait à ses limites en face de l'être aimé : « Tout me paraît réalisable et pourtant […] quand je la regarde, moi l'homme loup au cœur d'acier, devant son corps de femme, je suis un géant de papier », l'amante mise en scène par Angun va jusqu'à dépasser ses propres peurs pour accomplir les miracles en présence même de celui qu'elle aime, non plus seulement pour tenter de le conquérir mais pour le garder auprès d'elle à tout jamais.

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  • Après le match France-Suède, les journalistes d'Eurosport, ô combien représentatifs de l'excellence qui règne dans le journalisme moderne, ont eu l'idée lumineuse de demander à Karim Benzema qui méritait, selon lui, le ballon d'or. Et là, à la surprise générale, Benzema n'a pas répondu que Messi était le meilleur, que Ronaldo n'était qu'une buse surcôtée qui ne plantait que parce que tout le monde jouait pour lui et lui filait des caviars, qu'il mettait beaucoup trop de gel et qu'il soûlait la terre entière à montrer ses pectoraux à chaque fois qu'il marquait un vieux péno. Pas du tout, il a dit que Ronaldo allait remporter le prix, et que c'était bien normal car c'est le meilleur joueur du monde.

    Les grands journalistes d'Eurosport s'empressent alors de mettre sur leur site cette information capitale, ce scoop intergalactique, ce titre plein d'authenticité : « Pour Benzema, c'est une évidence, le ballon d'or, c'est Ronaldo. »

    L'année dernière, déjà, on avait eu droit à de nombreuses interviews de joueurs du Bayern à qui on avait posé la même question. Et là, surprise également, tous pensaient que Ribéry, leur coéquipier, le méritait.

    Que c'est beau, le journalisme, quand ça ne sert pas qu'à poser des questions dont on connaît la réponse et cirer les chaussures à crampons des footballeurs. Que c'est agréable de lire de véritables informations et d'avoir l'impression, après avoir parcouru certains sites, d'en sortir, sinon grandi, du moins beaucoup plus intelligent. Ce n'est plus du journalisme, c'est de l'art : un hymne à la brosse à reluire doublé d'une danse sacrée en l'honneur des dieux footballeurs.

    Mais il faut rendre à ces arts ce qui appartient à ces arts : les journalistes sportifs ne sont pas les seuls à tresser à peu de frais des couronnes de lauriers. On voit souvent, en effet, des chroniqueurs, à la télévision, demander à un invité s'il a apprécié le livre, le spectacle, ou la chanson de tel autre invité présent sur le plateau. A Quel beau moment de télévision nous assistons alors, quel pied de nez à tous les grincheux qui prétendent que le petit écran bannit la sincérité et combien de fois nous avons pu être émus par les compliments sans fard de ces faiseurs de dithyrambes.

    Il y a quelques années de cela, Joey Starr s'était fait vertement critiquer car il avait osé répondre par la négative à la question du présentateur d'une émission grand public qui lui demandait s'il aimait la musique du chanteur présent ce jour-là. Au bal des hypocrites, il faut savoir danser en rythme et éviter les fausses notes.

    Pourtant, même si c'était sans doute maladroit, il avait au moins eu le mérite de la sincérité. Est-ce sa faute si par leurs questions, certains journalistes ne laissent le choix qu'entre lancer des fleurs en plastic et des couteaux en acier ? Doit-on le condamner parce que le règne de la langue de bois ne le laisse pas de marbre ?

    « Peut-on en vouloir à un homme qui a su garder sa langue aussi belle après avoir léché tant de monde ? » disait Desproges à propos de Léon Zitrone.

    Que la télévision donne sa langue au show, ce n'est pas très étonnant, mais qu'elle se serve des autres et qu'elle les oblige à serrer les fesses pour jouer les faux-culs, ça a le don de me mettre de mauvais poil.

    Tout le monde n'a pas la répartie de Lucchini, qui, lorsqu'on lui demande s'il ira voir la pièce de théâtre dans laquelle joue Marianne James, en présence de celle-ci, répond finement :

    « Ah ben, t'imagines la maladresse de dire........non, non, avec plaisir  »

     

    Souhaitons qu'à l'avenir d'autres que Lucchini sachent faire ravaler aux journalistes leurs compliments de façade.

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