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    Maintenant que Sepp est parti, c'est l'occasion ou jamais qu'on dé-Blatter.

    Mais si certains affirment qu'il est le roi des faux sarments, admettons que c'est un peu facile de se contenter de dire que « Sepp c 'est pas bien » puis de le passer à la Moulinex.

    Car que lui reproche-t-on au juste ? Une attribution corrompue de la Coupe du Monde 2010 ? 

    Soit, on comprend que le Maroc en ait marre d'être toujours la dernière solution sur laquelle on se Rabat et qu'elle aimerait bien que de temps en temps, la Coupe du Monde, on la case à Blanca en arrêtant de croire que cela pourrait représenter un quelconque Tanger. Mais n'était-ce pas essentiel de donner la possibilité à un pays qui n'a mis fin à la ségrégation raciale qu'en 1991, d'accueillir des gens du monde entier ? N'était-il pas temps pour l'Afrique du Sud de franchir un Cap ?

    Certains lui reprochent également d'avoir donné 5 millions de dollars à la fédération irlandaise pour qu'elle renonce à intenter un procès suite à la main d'Henry ayant qualifié l'équipe de France pour le Mondial 2010. Mais qu'est-ce que 5 malheureux millions de dollars à l'échelle du football mondial ? Cela servirait à peine à acheter un joueur moyen de ligue 1. Non, franchement, il vaut mieux qu'on Henry.

    Quant à l'enquête sur les 53 relations bancaires douteuses, je trouve ça un peu gros de vouloir apprendre à un Suisse à opérer des transactions.

    Restent les soupçons de fraude lors de l'attribution des Coupes du Monde 2018 et 2022 respectivement à la Russie et au Qatar. Mais là encore, ce ne sont que des soupçons.

    On prétend qu'un contrat gazier aurait été offert aux pays votant pour le Qatar et que trois membres de la FIFA auraient touché chacun 1,5 million de dollars en échange de leur vote. Soyons sérieux : peut-on imaginer des dirigeants de ce niveau baisser leur pantalon juste pour s'offrir une petite pipeline ?

    Peut-on penser sérieusement qu'un pays musulman puisse offrir des pots de vin ? C'est vraiment leur faire injure que de se demander si leur obtention de la Coupe du Monde, c'est dollar ou du cochon.

    Ce serait dommage de ternir, par des allégations abracadabrantes, l'image du football mais surtout du Qatar. Que ce tout petit pays, à deux Doha de la faillite, soit l'heureux organisateur d'un tel événement, n'est-ce pas le triomphe absolu de la démocratie et l'espoir qu'un jour la Coupe du Monde revienne à la Jamaïque ou au Liechtenstein ?

    Quant à l'irruption de la corruption en Russie, elle semble inenvisageable. Que Poutine et Medvedev, une crème l'un, la neutralité incarnée l'autre, aient eu, ne serait-ce que l'idée d'avantager la Russie, il faut se pincer pour y croire. Que la Russie veuille à tout prix sa Coupe du Monde et que Vlad y mire une occasion de se faire mousser, c'est vraiment chercher des poux dans sa team.

    Même si, il faut l'avouer réussir à refiler sa monnaie à des gens qui en sont blindés, ce serait vraiment un Rouble art.

    Non vraiment, on ne serait pas étonné que toutes ces affaires aboutissent à un non-lieu car peut-on décemment imaginer le président russe exercer des pressions sur qui que ce soit ? Et le Qatar venir avec son caddie faire ses courses tel un cheikh sans provisions ?

    Blatter a donc raison de botter en touche lorsqu'on lui parle de corruption: le vrai football se joue dans les tribunes.

     



     

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    Certes, quand on a 83 ans, qu'on est infirme et malvoyant, comme Maryvonne, cette habitante de Rennes ayant désiré venir revivre dans sa maison après la mort de son compagnon, constater que son logement est habité par des squatters n'est pas toujours une bonne nouvelle.

    Surtout qu'il est bien difficile de mettre quelqu'un à la porte quand on n'arrive même pas à l'ouvrir. Et que fermer ses persiennes n'empêchera personne de se faire reprendre de volet. Bref, pas évident de trouver la clé dans une telle situation et à moins d'avoir des idées qui cassent la baraque, il faudra sans doute accepter de baisser pavillon et hisser le drapeau blanc.

    Mais qu'en est-il des squatters dont l'effraction est le dénominateur commun ? Est-ce normal qu'ils soient les seuls, toute l'année, à en voir des vertes et des pas de murs? N'est-ce pas justice que passé le délai de 48 heures, le propriétaire n'ait plus le droit, depuis 2007, de les expulser et qu'il doive en passer par la justice ?

    N'est-ce pas, après tout, logique, qu'il suffise d'être à l'intérieur d'un chez soi pour ne plus être hors la loi ? Si pénétrer dans une maison et en ressortir est considéré comme un délit, n'est-il pas normal qu' y rester soit quasiment un droit ? A-t-on idée, vraiment, de laisser sa maison inoccupée pendant plus de vingt-quatre heures ? N'est-ce pas uniquement un problème de riche ?

    Non, soyons tout à fait honnêtes avec nous-mêmes : il n'y a pas de mal à se faire un bien et il y a même une foule de conséquences positives à cet acte. 

    Ce n'est pas parce que les squatters ont tout fermé à double tour que ce ne sont pas des gens ouverts. Qui vole un veuf ne vole pas un bœuf. Si, en dormant dans votre lit, ils vous signifient clairement qu'ils entendent bien tirer la couverture à eux et que ça ne fait pas un pli, cela ne veut pas dire automatiquement que vous êtes dans de sales draps.

    Quand on n'a plus de domicile, il faut savoir se montrer docile et on devrait au contraire se sentir flatté que les gens aient envie de venir habiter chez nous, qu'ils ne soient pas plus regardants que ça sur la déco et qu'ils permettent enfin à certains de rentabiliser leur chambre d'amis. N'oublions pas que seuls les squatters acceptent de vivre dans des maisons parfois délabrées et qu'ils y mettent même un certain entrain : aussi taudis, aussitôt fait.

    Sans compter que même s'ils ont dévalisé certains objets qui vous appartiennent, ils ne se sentent pas pour autant dans une chambre d'ôte et ne râlent jamais sur le fait que personne ne soit là pour leur mijoter un bon repas. En outre, sans les squatters, qui penserait encore à faire changer ses serrures ?

    Mais ce n'est pas tout : les squatters sont aussi le meilleur rempart contre le suicide car plusieurs spécialistes ont constaté que ne plus avoir de logis faisait subitement passer toute envie de se défénestrer.

    Avouons également qu'à 83 ans c'est pratique de ne pas vivre chez soi puisqu'à cet âge, tôt ou tard on finit par retourner avec ses parents. Dans ce cas, posons la question sans tabou : ne serait-on pas mieux à dormir au cimetière pour gagner du temps et économiser des frais ?

    Enfin, et ce n'est pas le moins important, on aurait grand tort de penser qu'avec des squatters, on a ses derniers espoirs de loc à terre car leur prêter sa maison, c'est un peu signer un double bye avec anticipation sur la mise en demeure

    Bref, en donnant un abri aux pauvres, Maryvonne est devenue un vrai Robin des toîts et en évitant de confier la location de sa maison à une agence, elle évitera une bonne fois pour toutes qu'on pousse mémé dans les ORPI.

     

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  • Selon un sondage paru cette semaine, 63% des Français seraient favorables à une limitation de leurs libertés pour mieux lutter contre la menace terroriste, preuve s'il en est que le « n'ayons pas peur » ne fonctionne que modérément.

    Si tout le monde est d'accord pour dire que l'idée de partir faire le djihad en Syrie n'est guère sainte et si internet est un terreau pour les terroristes, on peut se demander si déterrer tous nos secrets pour éviter que d'autres personnes ne soient ensevelies sous les décombres de l'extrémisme, c'est une bonne pioche. Et on est en droit de penser que choisir d'avoir moins de liberté, c'est un peu limite.

    Sans compter qu'il n'y a aucune garantie de résultats. Rien ne dit que cela permettra de démanteler un réseau et encore moins de prévenir des futures attaques. Bref, dans ce contexte, inutile de dire qu'un nouvel attentat ferait l'effet d'une bombe.

    Pourtant, il convient également de s'interroger sur ce qu'on entend par « exploiter nos données personnelles ». Est-ce si gênant que des gens que nous ne connaissons pas sachent des choses sur nous ?

    D'abord, est-ce qu'on écrit tant de choses personnelles que ça ? En faisant un rapide bilan des messages que j'ai échangés avec ma femme via internet sur ces 5 dernières années, il ressort que le plus intime que je lui ai écrit est « J'arrive vers 19 heures, tu pourras aller chercher les enfants ? » 

    Certes, on aurait grand tort de sous-estimer le potentiel hautement érotique de cette interrogative totale et la part de mystère qui en résulte mais je ne suis pas tout à fait certain que ce message, pas plus que nos vies d'ailleurs, intéresse grandement les RG. Et il n'y a pratiquement aucune chance pour qu'un de nos secrets soit découvert par nos proches et déclenche leur colère ou leur indignation. Donner ses données, ce n'est pas se faire reprendre de volée.

    Quant aux personnalités publiques, en matière de voyeurisme, elles ont bien plus à craindre de Voici que de cette voie là.

    En outre, pour certains, comme Valérie Trierweiller, dont nous connaissons plus la vie privée que celle de notre propre conjoint, il sera sans doute difficile de trouver des éléments qui ne sont ni dans son roman ni sur twitter.

    De même, si l'on sondait Françoise Hardy qui, dans son dernier livre, nous raconte en détail sa coloscopie, elle déclarerait sans doute qu'il n'y a plus grand chose à explorer, comme quoi il n'y a pas que les extraterrestres qui n'ont pas peur des scoop.

    Enfin, il y a différentes astuces pour faire en sorte qu'aucun message personnel ne soit intercepté par ceux qui assurent notre sécurité. 

    Il y a tout d'abord le langage codé mais il est un peu risqué. Il faut vraiment un morse sûr pour éviter de se faire piquer.

    On peut aussi choisir de censurer les mots les plus intimes. Bien malin qui pourra alors deviner, si ce n'est le destinataire, le sens du message.  

    Ex : c'était trop bien hier soir, tu m'as bien fait …. avec ta grosse …., c'était tellement bon que j'ai pas pu m'empêcher de me..... en y repensant 

    Mais la meilleure solution est sans doute celle qui consiste à utiliser un peu de vocabulaire et quelques périphrases bien senties pour brouiller le message car n'oublions pas que ceux qui nous liront font partie de la police et n'ont donc pas, par définition, toutes leurs facultés. 

    Voici un exemple de déclaration à laquelle il y a peu de chance que les services de renseignements s'intéressent.

    « Chère figure symétrique de moi-même, chère obsession cognitive, chère chimère bien palpable, je ne peux nier que l'aspect extérieur de ton être ne me laisse pas indifférent et les réactions chimiques et physiques que la contemplation de ton enveloppe corporelle, dont les protubérances plastiques sont tout sauf des entités abstraites, déclenche dans mon cortex cérébral, sont là pour en témoigner.

    La frénésie avec laquelle l'organe creux et musculaire de ma région thoracique bat la chamade chaque fois que mes globes oculaires détectent la lumière de ton buisson capillaire ou observent l'élégance avec laquelle tu meus ton conglomérat de membres me laisse à penser que ce que je ressens est bien cet antonyme de la haine qu'aucune hyperbole ne suffira jamais à amplifier et qu'aucun euphémisme ne pourra jamais réduire.

    L'ensemble ovale de la partie supérieure de ton anatomie n'est pas dénué d'une certaine harmonie et la circonférence de ton buste qui n'a d'égale que celle de ton postérieur augmente fréquemment le rythme de ma respiration ainsi que le volume de mon cylindre.  

    Les divers accords que projette dans l'air ta symphonie gutturale font prendre à mon inspiration un bain d'exotisme et de sensualité qu'aucune translation vectorielle de mon être vers des contrées inexplorées ni aucune pérégrination de mon âme errante n'ont jamais été en mesure de m'offrir.

    Si tu étais d'accord pour partager avec moi une expérience horizontale, faire coexister sur une période P nos deux entités dans un parallélépipède rectangle commun et pourquoi pas, un jour, fabriquer ensemble des fidèles répliques de nous-mêmes dans lesquelles nous pourrions contempler le reflet de notre vacuité, je dois avouer que cela ne me plongerait pas dans une déréliction profonde.

    Je t'embrasse sur ce que Molière appelait les trônes de la pudeur. »

    En conclusion, il existe donc plusieurs moyens de contourner le problème mais si vous avez, malgré tout, encore peur de vous faire avoir, vous pourrez toujours utiliser ce qu'on appelle les lettres, c'est le meilleur moyen de guérir de ses mots.

     

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  • La société française traverse une grave crise et on peut se demander si elle ne serait pas déjà décimée s'il n'y avait en son sein quelques individus décidés à faire corps, envers et contre tout, je veux parler bien évidemment des créateurs de complots en tous genres.

    Quoi de mieux, en effet, pour réunir des gens de tous horizons, pour transcender enfin les différences dans un élan de solidarité nationale, qu'une bonne vieille théorie du complot ?

    Ne serait-ce pas ça, finalement, la solution pour faire triompher le vivre-ensemble ?

    Non, les amateurs du complot, contrairement à ce que beaucoup disent, ne sont pas de vils pervers prêts à tous les fantasmes pour assouvir leurs besoins de sensations fortes. Il ne faut pas confondre cons-peloteurs et complotistes.

    La désinformation sévissant partout, on ne peut que savoir gré à Thierry Messan et ses acolytes de traquer les anomalies et les indices avec la plus grande rigueur scientifique.

    Si Alain Benajam, président du Réseau Voltaire France et proche de Thierry Meyssan, dénonce un « coup fourré » fomenté par le Mossad et la CIA, c'est sans doute qu'il a de bonnes raisons de le faire. Écoutons ses arguments. Quel serait le but d'une telle opération ? « créer une bonne guerre de religion ». Avouez que ça se tient. D'ailleurs, il n'hésite pas à nous inviter à la prudence : « Ne tombons pas dans ce piège grossier ! ». On ne peut que le remercier de montrer l'exemple par ses analyses d'une extrême finesse.

    Certes, la CIA l'a eue mauvaise après le 11 septembre et elle s'est retrouvée dans un piteux état. Mais son désir de se racheter aurait-il poussé ces amères loques jusqu'au crime ? La CIA qui tue de simples civils ? Des espions qui tuent des ex-pions ?

    Cela semble au premier abord, assez farfelu, quand on n'a pas tous les éléments en main. Mais heureusement, le site de Dieudo et de Soral Égalité et réconciliation, nous révèle le chaînon manquant : en réalité, les frères Kouachi, tout comme Mohamed Merah, étaient liés aux services secrets français, apprend-on... tout s'explique.

    Mais Égalité et réconciliation va plus loin. Dans un article daté du 18 janvier, le « journaliste » Laurent Guyénot nous révèle que l'affaire Merah serait une « coentreprise Mossad-DCRI ». Là encore, on peut se dire que tout ça n'est pas crédible, pourtant les arguments sont de poids : « Les similitudes sont trop troublantes pour être dues au hasard ; le profil des suspects, les deux épisodes mal connectés de la tragédie, le siège qui maintient la population en haleine toute une nuit, l’exécution invraisemblable des suspects... »

    Étonnant en effet que le simple fait de tuer des enfants ou de massacrer des journalistes puisse tenir ainsi en haleine la population à l'heure de Motus. Et que dire du meurtre de braves gens qui ne voulaient pas se rendre et qui risquaient tout au plus de tuer quelques civils supplémentaires ? »

    Non, vraiment, qu'a-t-il bien pu se passer ? Le même Laurent Guyénot nous donne la réponse : « Mais la similitude la plus frappante est la récupération par Israël »

    Tiens, donc, la même hypothèse que Benajam (voir ci-dessus) que Soral, Dieudonné et même Yahia Gouasmi (ancien co-listier de Dieudonné et Alain Soral aux élections européennes de 2009) qui « condamne la responsabilité du sionisme dans ces attentats »

    Ça fait beaucoup pour que ce soit simplement le fruit du hasard. L'ennemi serait donc le juif, qui aurait pu le penser ? Avouez qu'un constat aussi nouveau et inattendu laisse songeur.

    Alors, évidemment, il y aura toujours quelques grincheux pour crier à l'antisémitisme, pour dire qu'accuser une communauté sans preuves le jour même de l'attentat peut paraître légèrement contraire à la morale. Mais les complotistes n'en ont cure. Bien au contraire, l'important, pour eux, c'est la recherche de la vérité, au risque que ce soit freine-éthique. Pour déjouer le complot, il faut savoir être cache. N'est-ce pas d'ailleurs curieux qu'on entende « sionisme » dans conspirationnisme ?

    Peut-on leur en vouloir si dix-sept morts et un attentat commis contre la liberté d'expression ne les stimulent pas suffisamment, si c'est encore trop Mossad pour eux ?

    Et peu importe que le deuxième attentat ait été commis contre des juifs, cela n'ébranle absolument pas leur lucidité : l'attentat a été commis dans une épicerie casher et on a saigné les victimes comme des porcs ? C'est bête comme cochon : c'est pour brouiller les pistes.

    Enfin, pour prendre une dernière fois le parti des complotistes, il faut reconnaître que certains de leurs sites sont beaucoup plus drôles que Charlie Hebdo et c'est bien dommage qu'il faille attendre de tragiques attentats pour s'intéresser de nouveau aux thèses de Messan ou de Dieudo.

    La seule chose qu'on peut vraiment reprocher aux amateurs de complots, c'est de ne pas avoir poussé suffisamment loin leurs investigations.

    Qui avait vraiment intérêt à ce que tout ça arrive ? N'est-ce pas étonnant que Jacques Cheminade n'ait pas été présent le jour de la Manif' ? Et si c'était lui Chérif Kouachi ? A-t-il voulu créer une guerre entre les grands partis politiques pour que son fils en bénéficie aux présidentielles de 2047 ? Autant de questions palpitantes qui sont encore loin d'être élucidées.

     

     

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  • « De nombreux endroits du monde vivent sans hôpitaux, sans internet ni eau courante. Mais pas sans coke. » Voici une des phrases choc tirée du dernier livre de Saviano (Extra pure), condamné à mort par la Camorra napolitaine, protégé jour et nuit par un groupe de carabiniers depuis neuf ans et interviewé pour l'occasion par Le Nouvel Observateur.

    Peut-on rêver plus bel Eldorado qu'un monde où la coke est accessible dans n'importe quel pays ? N'est-ce pas le triomphe de la mondialisation que de réussir là où le service public a échoué ? Plus besoin de prendre le train pour se faire un rail, la coke arrive devant chez vous.

    Autrefois, on rompait le pain en quatre, aujourd'hui, on coupe la cocaïne en cartels : un joli pied de nez à tous ceux qui prétendent que la came isole, de gré ou de force, et que le deal lapide.

    Mieux, Selon Saviano, « Le narcotrafic représente aujourd'hui la première industrie au monde », en temps de crise et de chômage, on aurait tort de se pincer le nez.

    Coke, coke, coke : kopeks

    Pour commencer, reconnaissons à la coke une vertu : elle est le moyen le plus rapide pour sortir de la pauvreté (son marché est estimé à 352 milliards de dollars). « Qui veut s'enrichir sans mérite, cruel deal aime » aurait sans doute dit Corneille.

    Saviano confirme : « La cocaïne se vend plus facilement que l'or, et ses bénéfices peuvent dépasser ceux du pétrole. L'or a besoin d'intermédiaires et les négociations prennent du temps. Le pétrole, lui, nécessite des puits, des raffineries, des oléoducs. »

    Ensuite, son investissement est sans comparaison, comme l'explique Saviano :

    « Si je veux faire un investissement, disons de 1000 euros, dans une action d'Apple, (bien fait pour sa pomme) au bout d'un an je gagnerai 1300 ou 1400 euros. Si je fais le même investissement en cocaïne, au bout d'un an, je gagnerai 180000 ou 200000 euros. »

    Certes, il n'y a pas encore de quoi concurrencer le Livret A mais quand même.

    Cette sensation s'appelle coke

    Un autre avantage non-négligeable de la poudre blanche, c'est évidemment la sensation de bien-être qu'elle procure.

    Saviano toujours :

    « Sur la base des témoignages que j'ai entendus, l'héroïne est la reine des drogues pour procurer la même sensation qu'un orgasme pendant quinze minutes. Avec la cocaïne, c'est exactement le contraire, ce n'est pas une phase de quelques minutes, c'est un état beaucoup plus long pendant lequel il y a une hyperperception des choses. » .

    Un bon moyen de faire crack-crack tout seul.

    Pour la coke, les banques montrent patte blanche

    Si l'on en croit Saviano, la coke n'est pas seulement un facteur de croissance, elle a également permis de sauver le monde de la crise.

    Alors, lorsque le gouvernement dit qu'il va renforcer la lutte contre la cocaïne, est-ce de la poudre aux yeux ?

    Réponse de Saviano :

    « Les gains du narcotrafic représentent plus d'un tiers de ce qu'a perdu le système bancaire en 2009, comme l'a dénoncé le FMI, et les liquidités des mafias ont permis au système financier de rester debout. La majeure partie des 352 milliards de narcodollars estimés a été absorbée par l'économie légale »

    Comment expliquer que les pourvoyeurs de carte bleue donnent carte blanche aux trafiquants ? C'est simple, les sanctions encourues (110 millions pour la Wells Fargo, par exemple, qui a reconnu avoir blanchi une partie des narcodollars du cartel de Sinaloa) sont très légèrement inférieures aux gains de ces banques sur une année (12 milliards pour la banque en question).

    Fort heureusement, l'Europe. n'est pas en reste et même si Saviano reconnaît qu' « il y a un manque criant d'investigation », elle peut se targuer d'excellents résultats. Londres serait même, selon l'Italien, au niveau de New-York : l'une des « deux plus grandes blanchisseries d'argent sale au monde ».

    On a enfin dépassé les Chinois dans un domaine.

    La coke, c'est le Pérou

    Un autre avantage indéniable de la coke, c'est qu'elle tend vers toujours plus d'égalité.

    Autrefois, les colombiens avaient le monopole du trafic et menaient tout le monde par le bout du nez. Désormais, tout le monde sait renifler les bonnes affaires.

    « Le grand tournant a eu lieu dans les années 1980, explique l'auteur de Gomorra, quand les mexicains se positionnèrent en véritables distributeurs, et non plus en simples transporteurs. Cela se passe comme dans la grande distribution : le distributeur devient souvent le principal concurrent du producteur et bientôt le dépasse en profits. »

    Et les sombreros de l'amère profitent de leur toute nouvelle puissance pour faire pousser les réseaux de prostitution comme des champignons : poules et coke, c'est une bonne façon de mettre tous ses œufs dans le même panier. Et peu importe si la guerre de la blanche a fait plus de 50000 morts au Mexique entre 2006 et 2012, on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs.

    Ce n'est d'ailleurs pas le seul changement car les Péruviens sont devenus les nouveaux cracks de la coke.« le premier pays producteur au cours de ces derniers mois, c'est le Pérou. ».

    Quant à« la cocaïne de meilleure qualité, c'est la cocaïne bolivienne. »

    Pas étonnant alors, que tous les pays, comme un symbole, y viennent.

    Peut-on dire pour autant que la guerre contre la drogue a permis en Colombie, d'écarteler définitivement les cartels ?

    Selon Saviano, ce n'est qu'en partie le cas car « la cocaïne colombienne représente encore presque la moitié de toute celle consommée dans le monde […] si la Colombie n'est plus un narco-Etat, ce vide s'est rempli de micro-trafiquants par centaines. » Là ou les gangs règnent, il est souvent trop tard pour amputer.

    Bref, la blanche colombienne reste plus proche de la hyène que de la blanche colombe.

    Enfin, l'Afrique participe elle aussi à cet essor et à ce regain d'activité, car elle « est devenue une nouvelle plaque tournante à destination d'une Europe toujours plus en manque »

    La seule mafia africaine, c'est la mafia nigériane. » les seuls qui nient : « j'ai rien ».

    Tous les autres pays, le Libéria, la Guinée-Bissau seront, à en croire l'auteur d'Extra-pure, rapidement contrôlés par les narco-trafiquants car « ce ne sont que des narco-Etats où il est très facile de faire arriver la cocaïne, et très facile de la cacher aussi. »

    Quant au Maroc et à la Tunisie, ils jouent eux aussi un rôle important car « les islamistes dénoncent l'usage de la drogue, tout en prenant une part active dans le trafic ». Une manière habile de condamner la coke uniquement dans sa barbe.

    Comment suivre la coke à la trace ?

    L'expérience de Saviano a légèrement modifié sa façon de voir les choses : « Je ne voyage plus en avion, je regarde autour de moi et j'estime le nombre de mulets qu'il peut y avoir à bord, l'estomac rempli d'ovules de coke ».

    Il se souvient notamment de «cette femme venue des Antilles qui a été arrêtée en 2009 à l'aéroport d'Amsterdam Schipol après que la police eut découvert 1 kilo de drogue cachée dans la couche de sa fille de deux ans ». Certaines mauvaises langues diront qu' il faut en tenir une sacrée. Pourtant, quoi de plus naturel que de déposer ses besoins dans une couche ?

    Il raconte également l'histoire de ce « chien antidrogue » qui « signale la présence de coke dans la structure du fauteuil » d' un jeune Dominicain en septembre 2011. » Un handi-camé, sans doute.

    Mais il y a pire : les écoles pour les « aspirants mulets » dans lesquelles on apprend à « emballer et ingérer les ovules sans se faire mal » et qui rendront encore plus difficile le repérage de la poudre, car ces mulets sont loin d'être des ânes.

    La conclusion de Saviano est cinglante :

    «aussi terrible que cela puisse paraître, la légalisation des drogues pourrait être la seule solution. Car elle frappe là où la cocaïne trouve un terreau fertile, dans la loi de l'offre et de la demande. » 

    Comme il semble impossible de mettre au coca le holà, autant faire en sorte que ceux qui croquent au deal ne deviennent plus des requins.

     

     

     

     

     

     

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