• Le "journal du confinement" de Vincent Bolloré

     

    Malgré la pesanteur du contexte et la menace permanente du virus, Vincent nous a fait la gentillesse d'accepter notre proposition : celle de tenir un journal de confinement depuis son yacht. Récit.

     

    Voilà maintenant cinq jours que je suis coincé au large des côtes maltaises. Plus moyen de reprendre mon jet privé à l'aéroport international de la petite île malgré toutes les missions qui m'attendent. Je pense à tous ces anonymes qui ont la chance de pouvoir mourir sans que nos vies s'en trouvent ébranlées. Ils ne peuvent pas savoir ce que c'est que de porter le poids de la mondialisation sur ses épaules.

     

    Mes gardes du corps devant respecter avec moi une distance de sécurité de deux mètres, je suis à la merci de n'importe quelle attaque de pirates somaliens ou de goélands agressifs. Je fais des cauchemars horribles dans lesquels les Gilets Jaunes trouvent par terre des dizaines de pièces de 5 centimes d'euros. L'autre jour, j'ai même rêvé que François Ruffin venait faire du ski nautique avec moi avant de m'asséner un sermon sur l'huile de palme tout en me bénissant avec de l'urine de Jean-Luc Mélenchon. Pourtant je n'ai pas peur. J'ai conscience du rôle qui est le mien et il est hors de question de me dérober à ma destinée.

     

    Si loin de toute civilisation, la pénurie de gel hydroalcoolique nous guette mais nous faisons face. Je suis suffisamment proche de la nature pour en apprécier la beauté. Il me semble parfois qu'elle s'adresse à moi à travers ce nuage en forme de billet de 500 euros ou de ce mouvement de va-et-vient des vagues qui me rappelle les cours de la bourse et dont le ressac est la promesse d'un possible retour en arrière après le krach.

     

    L'ennui est là, omniprésent. Dans le bleu turquoise un brin écœurant des lagons de l'île de Cominotto, dans l'immensité de la mer, dans cet horizon immuable qui m'échappe sans cesse à mesure que je m'en approche. Heureusement qu'il y a les chroniques de Jacques Attali et de BHL pour m'aider à m'évader. Ici, personne, comme dans les grands ensembles des quartiers, pour partager mon fardeau. Je suis seul face à moi-même.

     

    J'essaye de rassurer mon fils spirituel Nicolas au téléphone. Je lui ai expliqué que c'était un peu comme dans Jacques et le haricot magique : il y a parfois des périodes de disette mais elles cachent souvent des issues heureuses et des évènements fastes et je suis convaincu qu'on va bientôt nous aussi pouvoir vendre des œufs d'or.

     

    J'espère que le terrible fléau auquel nous sommes confrontés actuellement épargnera les enfants. En tout cas ceux du Libéria et du Cameroun, dont j'ai tellement besoin pour continuer à être qui je suis.

     

     

    Merci de m'avoir suivi. Force et honneur. Paix et amour.

    « C'est dans les vœux faux qu'on fait les meilleures soupes
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