• Quand les médias passent un grand coup de bigot(s)

    « Une des choses les plus burlesques de la glorieuse époque où nous avons le bonheur de vivre est incontestablement la réhabilitation de la vertu entreprise par tous les journaux, de quelque couleur qu’ils soient, rouges, verts ou tricolores » écrivait Théophile Gautier dans sa préface à Mademoiselle de Maupin, en 1835, prouvant par là que l’Histoire n’a pas fini de balbutier.

     

    Et le « poète impeccable » loué par Baudelaire de poursuivre, un peu plus loin : « Je me souviens des quolibets lancés avant la révolution (…) contre ce malheureux et virginal vicomte Sosthène de La Rochefoucauld, qui allongea les robes des danseuses de l’Opéra, et appliqua de ses mains patriciennes un pudique emplâtre sur le milieu de toutes les statues.-M. Le vicomte Sosthène de La Rochefoucauld est dépassé de bien loin.-. La pudeur a été très perfectionnée depuis ce temps et l’on entre en des raffinements qu’il n’aurait pas imaginés. » Que n’aurait-il pas dit à l’heure du burkini en France au 21ème siècle ?

     

    Car par un extraordinaire renversement, en 2016, jouer au bon croyant, s’afficher partout en tant que tel est un gage de respectabilité. L’habit ne fait toujours pas le moine mais il fait la bonne musulmane. Jésus avait bien tort de demander aux croyants moins d’ostentation dans leurs élans divins et de ne pas être « comme les hypocrites qui aiment à prier debout dans les synagogues et au coin des rues pour être vus des hommes » (Mathieu 6 :5).

     

    Ceux-là même qui crachaient leur haine des grenouilles de bénitiers hier ne tarissent plus d’éloges aujourd’hui sur les grenouilles de mer. Ceux qui se targuaient de bouffer du curé boivent les paroles des imams les plus radicaux. Les faux dévots sont morts ? Vive les vrais hypocrites ! Contradiction ? Point du tout, « Penser une chose, en écrire une autre, cela arrive tous les jours, surtout aux gens vertueux » explique Gautier.

     

    Après tout, un peu de pudeur ne fait pas de mal. Pudeur ? Même pas, car le burkini, bien qu’il copie la burka, est, paraît-il, d’une élégance rare. Ceux qui avaient en horreur le serre-tête et la jupe longue trouvent tout à coup le burkini très tendance et hyper sexy et découvrent qu’aimer les culs serrés, c’est en définitive avoir les idées larges. D’ailleurs, selon ces mêmes personnes, le burkini n’est pas vraiment un signe religieux car burkini et bikini (voire string mais également combinaison de plongée), c’est bonnet blanc et blanc(s) bonnet(s). C’est « un simple bout de tissu » disent-ils ou « un vêtement comme les autres » selon Edwy Plenel. Tellement « comme un autre » qu’il le compare à une soutane (en amalgamant au passage citoyen lambda et chef religeux) et s’ « oppose à ce qu’on interdise sur les plages une tenue (…) parce qu’elle serait liée à une religion » : aucune contradiction, on vous a dit. La mauvaise foi de ces gens-là est telle que pour un peu, ils nous expliqueraient que si le burkini couvre la tête, c’est pour éviter les insolations.

     

    Mais les inversions ne s’arrêtent pas là puisque ces mêmes gens voient également le burkini comme la condition sine qua nonne de la liberté. Et peu importe que les femmes qui portent un burkini n’aient, contrairement à celles qui portent les tenues citées plus haut, pas la possibilité de choisir. Edwy Plenel compare le port de ce vêtement au bon vieux temps où les femmes se rendaient sur les plages de France tout habillées et la philosophe Chantal Delsol affirmait même dans Le Figaro, le 26 août, « Je trouve insensé qu’on interdise à ces femmes de se baigner dans leur tenue traditionnelle ». Tellement traditionnelle en effet qu’elle a été créée en 2007 et qu’on ne l’a pas vue sur les plages françaises avant cet été.

     

    Vivement que les femmes catholiques se sentent à nouveau le droit de porter le corset et la ceinture de chasteté afin que la liberté à la française triomphe définitivement. Et peu importe que des Marocaines et des Saoudiennes nous exhortent à ne pas céder à ceux qui affirment que c’est un faux sujet ici alors que c’est un vrai sujet ‘laba. Ou qu’elles prétendent que laisser dire sur les plages « l’Islam m’habite », c’est encourager l’Islam wahhabite. Pour les adeptes de ce nouveau modèle républicain, le relativisme culturel n’a pas de frontières, la vraie liberté consiste à pouvoir opprimer sans entraves et vivre à côté est suffisant pour vivre ensemble.

     

    « Je ne comprends guère pourquoi les oreilles de messieurs des journaux sont devenues tout à coup si janséniquement chatouilleuses » concluait Théophile Gautier. Si l’on remplaçait l’adverbe par « islamiquement », toute ressemblance avec une situation existante où dès qu’on parle de voile, les journalistes ont leurs vapeurs, serait, bien évidemment, purement fortuite.

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