• La peur du bide

    Qu’on soit auteur comique ou simple blagueur du dimanche, il n’est jamais facile de digérer un bide et il n’est pas rare que celui-ci nous reste sur l’estomac. Et même dans une salle, la claque ne suffit pas forcément à couvrir cette gifle. Certes, l’acteur qui oublie une réplique connaît lui aussi ce sentiment de solitude mais ce n’est pourtant pas tout à fait comparable. Mieux vaut un petit trou qu’un gros vide. C’est le comble de réduire tout le monde au silence quand on veut faire du bruit. Et l’envie est alors grande d’envoyer son bide aux ordures.

    Vous me direz peut-être : « Mais pourquoi tenir absolument à faire rire ou sourire ? Nous ne t’avons rien demandé ! Avoir autant d’états d’âme, pour quelqu’un qui se prétend sans filtre, c’est un peu fort de café ! ». Eh bien tout simplement parce que, comme le disait Aristote « le rire est le propre de l’homme ». Et qu’on n’a jamais rien trouvé de plus immédiat pour se reconnaître en tant qu’humains. Cela suffit à me donner envie de provoquer à tout prix un rictus chez n’importe quel Homo erectus. Mais ce n’est pas qu’une démarche généreuse, c’est aussi un besoin. Parce que je n’ai rien trouvé d’autre que de rire jaune pour éviter d’être vert de rage.

    La limite est parfois ténue entre décrocher un sourire et décrocher tout court ou entre déclencher un éclat de rires et faire voler l’humour en éclats. Ce n’est pas parce qu’on va caler des calembours et ânonner quelques âneries qu’on va emporter l’adhésion. Il ne faut pas confondre comique et comme un hic. Or faire un bide ou se bidonner, ça change la donne. Et se marrer ou se barrer, c’est s’approcher de la différence entre une lettre et le néant.

    D’autant que ce n’est pas chose aisée de faire sourire quand on se plaît à ne jamais être d’accord. Ni de chercher l’approbation en désapprouvant : le sarcasme peut blesser et n’est jamais très loin de l’ire honnie. Ca l’est encore moins de convaincre sur le fond quand on ne cherche pas à mettre les formes. Et ce n’est pourtant pas faute d’essayer d’être à fond sur elle. Bref, difficile équation que celle qui aspire à rassembler par le rire en divisant par le dire.

    Alors je me console en pensant que méditer chaque jour sur les choses de la vie a forcément quelque chose à voir avec le spi rituel. Et en me disant que même si mon style ne plaît pas, j’y aurais mis tellement de moi que mon jeu avec le langage sera au minimum un « je » de mots.

    « Le dérisoire mis en pièces Justin Trudeau est-il juste un trouduc ? »
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