• Il est 21 heures jeudi soir, la journée a été chargée, je m’apprête à regarder un petit match pour me détendre. Je zappe sur canal plus sports, un match du championnat espagnol vient de commencer. Je me cale dans mon canapé avec un sundy et un Canada Dry : le rêve.

    Pourtant, au bout de deux minutes, je m’aperçois que quelque chose me gêne, ce n’est pas footballistique, c’est visuel, il me semble que je peine à distinguer les joueurs. Ca ne peut pas venir de l’écran, j’ai changé mon téléviseur il y a deux ans pour la dernière coupe du monde lorsque, convaincu que les bleus allaient refaire le coup de 2006, on me proposait de me le rembourser s’ils allaient en finale.  J’ai bien mes lunettes également, l’image est bonne, c’est de la HD, et pourtant les joueurs paraissent tout petits, les caméras sont sans doute postées très loin du terrain, j’ai parfois la très nette impression de jouer à Kick-off sur ATARI.

    Mais, à y regarder de plus près, tous les joueurs ne sont pas si petits que ça, c’est surtout le fait d’une équipe au maillot bleu et grenat. Bien sûr, je comprends parfaitement qu’on éprouve quelque honte, si l’on n’est pas guichetier à la poste, à porter de telles couleurs. Mais les dirigeants étaient-ils obligés de ne recruter que des joueurs de moins d’un mètre 60 ? Cette politique de club ne peut que soulever un certain nombre d'interrogations :  

    1. Les hormones de croissance seraient-elles le seul produit interdit aux sportifs Espagnols ?

    2. Puisqu’on manque cruellement de jockeys en Espagne, pourquoi ne pas envisager une reconversion de nos petits catalans ? En cas de forfait d'un cheval, on pourrait alors faire du poste pour poste…..à condition de doper les canassons pour qu’ils suivent le rythme…

    3. Passe-partout serait-il Espagnol ?

    4. Ibrahimovic a-t-il été viré pour éviter des complexes à ses coéquipiers ?

    5. N'est-ce pas un peu dommage pour des footballeurs gagnant des millions de devoir rouler en Volkswagen Mini-Golf ?

    Après une bonne demi-heure de match, je dois toutefois me rendre à l’évidence : ce serait une perte énorme que tous ces gars-là arrêtent de pratiquer leur art. Quelle grâce, quelle élégance, rarement dans ma carrière de spectateur j’ai pu voir des footballeurs pratiquer la danse à un tel niveau. Difficile de dégager une seule individualité de ce collectif bien que Sergio Busquets semble peut-être un ton au-dessus en matière de break tant il semble ne faire qu’un avec le sol. Dani Alves, son disciple, a quant à lui su allier avec un talent rare la gymnastique à la danse : les roulades et les saltos n’ont plus aucun secret pour lui et une reconversion au cheval d’arçon n’est pas à exclure d’ici quelques années. Mais d'une manière générale, il faut bien avouer que tous les joueurs Barcelonais rendent un hommage vibrant à la nature à chaque occasion et se font les défenseurs de l'écologie en embrassant très régulièrement la pelouse.

    Et que dire du collectif ? Jamais on ne voit un joueur aller vers l'arbitre sans qu'il soit suivi de ses neuf coéquipiers voire du gardien. Pas étonnant que Guardiola ait une si bonne image : aucun besoin de pester contre l’arbitrage, ses onze joueurs s’en chargent tout le match.

    Mais le plus admirable est que cette équipe s'est construite avant tout grâce à la formation. Certes, quelques joueurs ont également été achetés, mais toujours à des prix modiques (Fabregas et Villa pour 40 millions chacun, Sanchez 43 millions). Si le Barca a dû parfois mettre la main à la poche, c'est uniquement lorsque l'affaire était une opportunité exceptionnelle comme lorsqu'elle échangea la chèvre Eto'o contre l'illustre Ibrahimovic pour seulement 46 ME. C'est grâce à cette politique rigoureuse que le déficit du club ne dépasse pas les 500 millions d'euros et en fait, en cette période de crise, un exemple pour tout le continent européen. Tout ceci explique sans doute également  la fidélité des joueurs au Barca, leur incroyable amour du maillot qui leur fait refuser toutes les propositions  du FC Sion ou de l'En Avant Guingamp sans que cela ne soit jamais une question d'argent.

    Mais ce serait malhonnête de réduire le mérite du Barça à ces seules pratiques. Les coéquipiers de Xavi sont aussi de grands mathématiciens. Capables de dessiner des centaines de triangles aux quatre coins du terrain, ils poussent à bout ce concept en ne centrant jamais mais en terminant leur triangle après chaque débordement par une passe à ras de terre lumineuse vers le rond central. On est ainsi sûr de ne jamais s’ennuyer car en prenant aussi peu de risques, ils laissent peu de possibilités à l’adversaire de revoir la balle. Cette façon de jouer si novatrice a le double avantage de reléguer l’obsession de marquer des buts au second plan et d’éviter aux spectateurs un vulgaire duel entre deux équipes car rien n’est plus beau qu’une équipe qui joue toute seule.

    Le plaisir si intense de voir jouer cette équipe ne s’arrête jamais à la fin du match, il se prolonge jusqu’au bout de la nuit. Personnellement, il a commencé à se prolonger juste après que j’ai compté mon quatre-vingt dixième triangle….

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