• Un Jupiter terre à terre

    Lorsque Jupiter paraît devant son pupitre, auréolé de sa propre gloire et de la confiance de près de 25% des Français et de 95% des sympathisants de Jacques Attali, Romain Goupil et Mathieu Kassovitz, il s'en faut de peu que François de Rugy ne s'évanouisse devant ce demi-dieu. Et si les pierres ne crient pas sur son passage, c'est uniquement parce qu'elles ont toutes été dérobées par les gilets jaunes.

     

    L'homme est pénétré et affecté, le ton est grave et l'on comprend d'emblée que Manu a pris la mesure de la situation et qu'il est prêt à tous les sacrifices pour répondre à l'urgence de la création d'un Haut conseil pour le climat et au besoin vital du peuple de pédagogie. Au diable les carabistouilles, notre président a parfaitement compris que « le problème que nous avons aujourd'hui », ce n'est pas le pouvoir d'achat des plus modestes mais bien « la déclinaison pragmatique des solutions que nous apportons ».

     

    D'emblée, il annonce donc une mesure forte, à savoir la fermeture du compte Twitter de Benjamin Griveaux et de BFM : « Que fleurissent sur les réseaux sociaux mille fausses informations et rumeurs, c'est affligeant mais que les responsables politiques (…) s'en fassent l'écho (…) ce n'est pas acceptable ». Il va même plus loin en promettant la fin du mensonge comme moteur de la politique : « Nous devons sortir des énergies fossiles ».

     

    Emporté par un lyrisme tout gaullien, il ringardise le simplet « Je vous ai compris » du général pour un plus complexe et plus authentique « J'éprouve de la compréhension pour ces citoyens » qui nous arracherait presque une larme et fera sans doute culpabiliser les gilets jaunes d'avoir rendu leur président inconsolable.

     

    « Toutes les 10 minutes, un Français meurt prématurément du fait de la pollution » rappelle notre altruiste et généreux président qui ne voudrait pour rien au monde que les Français les plus modestes ne puissent pas profiter de la misère à laquelle ils ont droit jusqu'au bout. D'ailleurs il l'affirme : « je ne confonds pas les casseurs avec des citoyens qui veulent faire passer un message » : celui de l'ultra droite et du salut hitlérien.

     

    Qu'on se le dise, Manu a « compris l'inquiétude des Français », car « c'est cela au fond la crainte exprimée par nos concitoyens ces derniers jours (…) payer la transition énergétique sans en bénéficier » et pas du tout simplement finir le mois comme certains beaufs aux idées courtes ont voulu nous le faire croire.

     

    Mais s'il se sent proche des Français, si au fond Manu meurt d'envie d'enfiler lui aussi un gilet jaune et de partager avec nous un pack de Kro sur un rond-point, il ne cède pas à la démagogie et sa pensée complexe pointe les contradictions des populistes. « On ne peut pas être le lundi pour l'environnement et le mardi contre l'augmentation du carburant » explique-t-il. « Ni le mercredi pour le glyphosate et le jeudi contre la taxe sur le Kérosène », aurait-il pu ajouter.

     

    De même, « On ne peut pas demander moins de taxes et d'impôts et plus de service public »Et c'est d'ailleurs pour ça qu'il a supprimé l'ISF. Et qu'il veut « rendre plus intelligente cette taxe un peu aveugle », afin qu'elle soit davantage appréciée par les gilets jaunes, qu'elle devienne leur amie, leur confidente même.

     

    Car si les citoyens avaient vraiment compris les mesures du gouvernement, ils n'auraient jamais manifesté, comme l'explique si bien le président : « Vous me parlez d'un chèque énergie mais je ne sais pas le numéro de téléphone pour l'avoir, je comprends pas comment ça marche, mais qu'est-ce que ça veut dire concrètement pour ma chaudière ? ». Quel acteur ! On croirait entendre le peuple !

     

    Ce qui manque aux Français, ce sont des explications et des mesures concrètes, l'abstraction et la langue de bois, ça suffit ! C'est pourquoi il faut à tout prix et le plus vite possible privilégier une « approche pragmatique et adaptative » et « structurer non pas simplement ce débat, mais comme plusieurs d'entre vous l'ont proposé, suggéré, une méthode de construction pour apporter des solutions concrètes, des solutions qui peuvent être différenciées, sur le terrain ou en fonction des secteurs ». Cette fois, plus personne ne pourra dire que ce n'est pas clair.

     

    Enfin, loin d'éviter l'autocritique, Jupiter assume sa part de responsabilités dans la situation actuelle et n' hésite à évoquer les « inégalités de revenus générées par la mondialisation ». Mais ce n'est pas une fatalité et il préconise un « changement de méthode de travail » Pour les résultats, on verra plus tard.

     

    Quant à « la fin du monde et la fin du mois », pas question de choisir  : « nous allons traiter les deux », assure-t-il. Ca promet une magnifique apocalypse. « En face de ces sentiments et de ces ressentiments, je ne me déroberai pas », ajoute notre président. Il vaut mieux, pour Louis XVI, ça s'était mal terminé.

     

    Enfin, le chef de l'Etat de conclure : « Notre Nation est plus grande que chacun d'entre nous ». Mais beaucoup plus petite que Jupiter.

     

     

     

     

    « Ca flâne pour moi!
    Google Bookmarks Blogmarks

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :