• Se soumettre aux RG? tintin!

    Selon un sondage paru cette semaine, 63% des Français seraient favorables à une limitation de leurs libertés pour mieux lutter contre la menace terroriste, preuve s'il en est que le « n'ayons pas peur » ne fonctionne que modérément.

    Si tout le monde est d'accord pour dire que l'idée de partir faire le djihad en Syrie n'est guère sainte et si internet est un terreau pour les terroristes, on peut se demander si déterrer tous nos secrets pour éviter que d'autres personnes ne soient ensevelies sous les décombres de l'extrémisme, c'est une bonne pioche. Et on est en droit de penser que choisir d'avoir moins de liberté, c'est un peu limite.

    Sans compter qu'il n'y a aucune garantie de résultats. Rien ne dit que cela permettra de démanteler un réseau et encore moins de prévenir des futures attaques. Bref, dans ce contexte, inutile de dire qu'un nouvel attentat ferait l'effet d'une bombe.

    Pourtant, il convient également de s'interroger sur ce qu'on entend par « exploiter nos données personnelles ». Est-ce si gênant que des gens que nous ne connaissons pas sachent des choses sur nous ?

    D'abord, est-ce qu'on écrit tant de choses personnelles que ça ? En faisant un rapide bilan des messages que j'ai échangés avec ma femme via internet sur ces 5 dernières années, il ressort que le plus intime que je lui ai écrit est « J'arrive vers 19 heures, tu pourras aller chercher les enfants ? » 

    Certes, on aurait grand tort de sous-estimer le potentiel hautement érotique de cette interrogative totale et la part de mystère qui en résulte mais je ne suis pas tout à fait certain que ce message, pas plus que nos vies d'ailleurs, intéresse grandement les RG. Et il n'y a pratiquement aucune chance pour qu'un de nos secrets soit découvert par nos proches et déclenche leur colère ou leur indignation. Donner ses données, ce n'est pas se faire reprendre de volée.

    Quant aux personnalités publiques, en matière de voyeurisme, elles ont bien plus à craindre de Voici que de cette voie là.

    En outre, pour certains, comme Valérie Trierweiller, dont nous connaissons plus la vie privée que celle de notre propre conjoint, il sera sans doute difficile de trouver des éléments qui ne sont ni dans son roman ni sur twitter.

    De même, si l'on sondait Françoise Hardy qui, dans son dernier livre, nous raconte en détail sa coloscopie, elle déclarerait sans doute qu'il n'y a plus grand chose à explorer, comme quoi il n'y a pas que les extraterrestres qui n'ont pas peur des scoop.

    Enfin, il y a différentes astuces pour faire en sorte qu'aucun message personnel ne soit intercepté par ceux qui assurent notre sécurité. 

    Il y a tout d'abord le langage codé mais il est un peu risqué. Il faut vraiment un morse sûr pour éviter de se faire piquer.

    On peut aussi choisir de censurer les mots les plus intimes. Bien malin qui pourra alors deviner, si ce n'est le destinataire, le sens du message.  

    Ex : c'était trop bien hier soir, tu m'as bien fait …. avec ta grosse …., c'était tellement bon que j'ai pas pu m'empêcher de me..... en y repensant 

    Mais la meilleure solution est sans doute celle qui consiste à utiliser un peu de vocabulaire et quelques périphrases bien senties pour brouiller le message car n'oublions pas que ceux qui nous liront font partie de la police et n'ont donc pas, par définition, toutes leurs facultés. 

    Voici un exemple de déclaration à laquelle il y a peu de chance que les services de renseignements s'intéressent.

    « Chère figure symétrique de moi-même, chère obsession cognitive, chère chimère bien palpable, je ne peux nier que l'aspect extérieur de ton être ne me laisse pas indifférent et les réactions chimiques et physiques que la contemplation de ton enveloppe corporelle, dont les protubérances plastiques sont tout sauf des entités abstraites, déclenche dans mon cortex cérébral, sont là pour en témoigner.

    La frénésie avec laquelle l'organe creux et musculaire de ma région thoracique bat la chamade chaque fois que mes globes oculaires détectent la lumière de ton buisson capillaire ou observent l'élégance avec laquelle tu meus ton conglomérat de membres me laisse à penser que ce que je ressens est bien cet antonyme de la haine qu'aucune hyperbole ne suffira jamais à amplifier et qu'aucun euphémisme ne pourra jamais réduire.

    L'ensemble ovale de la partie supérieure de ton anatomie n'est pas dénué d'une certaine harmonie et la circonférence de ton buste qui n'a d'égale que celle de ton postérieur augmente fréquemment le rythme de ma respiration ainsi que le volume de mon cylindre.  

    Les divers accords que projette dans l'air ta symphonie gutturale font prendre à mon inspiration un bain d'exotisme et de sensualité qu'aucune translation vectorielle de mon être vers des contrées inexplorées ni aucune pérégrination de mon âme errante n'ont jamais été en mesure de m'offrir.

    Si tu étais d'accord pour partager avec moi une expérience horizontale, faire coexister sur une période P nos deux entités dans un parallélépipède rectangle commun et pourquoi pas, un jour, fabriquer ensemble des fidèles répliques de nous-mêmes dans lesquelles nous pourrions contempler le reflet de notre vacuité, je dois avouer que cela ne me plongerait pas dans une déréliction profonde.

    Je t'embrasse sur ce que Molière appelait les trônes de la pudeur. »

    En conclusion, il existe donc plusieurs moyens de contourner le problème mais si vous avez, malgré tout, encore peur de vous faire avoir, vous pourrez toujours utiliser ce qu'on appelle les lettres, c'est le meilleur moyen de guérir de ses mots.

     

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