• « As-tu été productif aujourd'hui ? » se demande-t-on souvent sans plus se rendre compte qu'on utilise pour soi un adjectif réservé jusqu'à il y a peu aux entreprises. Le travail à la chaîne a quasiment disparu et l'on parle de soi-même comme d'une machine dont il faudrait tirer le maximum. C'est que dans notre société où l'individu est roi et le collectif suspect, le développement personnel et l'épanouissement professionnel sont les deux mamelles de la réussite et de la production de vaches à lait. Et l'inactivité a tôt fait de devenir une tare.

     

    Si l'on adjoint parfois l'adjectif « sexuel » au fameux « épanouissement » -mot utilisé pendant très longtemps uniquement pour évoquer la nature puis, par glissement, un visage qui se déride sous l'effet de la joie- , il est très rare en revanche qu'on lui postpose les mots « familial », « amical » ou « amoureux ». A l'heure où s'occuper des enfants n'est pas très tendance, les parents qui crient « famille ! » ne sont pas légion. Et dans un monde qui a peur du vide, si la vie à deux n'est plus envisagée comme un idéal, le célibat est rarement vu comme un choix et oblige parfois à battre sa coulpe de sentir son cœur battre pour son couple.

     

    Quant à « l'épanouissement spirituel », il fait immédiatement penser à la fameuse secte de Skippy tant notre société aspire au spi sans hostie. Le travail devient donc le lieu privilégié de l'épanouissement, le passage obligé vers sa propre plénitude. Certains d'entre nous ont la chance d'exercer un métier qui les passionne et dans lequel ils s'accomplissent pleinement. Mais les récents sondages sur le plaisir au travail montrent qu'on aurait sans doute tort d'en faire une norme.

     

    Même quand notre travail nous comble, l'équilibre n'est pas toujours aisé à trouver : dévisser fissa le vice de l'activisme et se défaire du faire n'est pas une mince affaire. D'autant qu'il s'agit moins de s'en défaire (pas question de donner raison à Macron en devenant un fainéant) que de se méfier de sa toute-puissance et de ne pas faire de la libération par le travail une nouvelle aliénation. Que l'oisiveté soit mère de tous les vices n'implique pas que l'activité soit en soi une vertu.

     

    Quand se sent-on le mieux : quand on connait ce qu'on est ou quand on s'affaire à faire ? Prendre soin de sa tige, s'extasier devant ses pétales, ressembler de plus en plus à une rose qui éclot ne nous empêchera pas de bouffer les pissenlits par la racine.

     

    A l'heure où le verbe flâner a fané, ou « zoner » a peu à peu occupé la zone et où se promener sans but vous donne aussitôt un drôle d'erre et fait automatiquement de vous un vague vagabond, il semble audacieux d'inviter son prochain à regarder passer le train de la vie. Il est pourtant urgent de le faire si l'on ne veut pas le manquer. « Est-ce que tu as eu du temps pour rêver aujourd'hui ? » « As-tu réussi à sentir que tu existais ? », autant de questions que l'on se pose rarement.

     

    Personnellement et au risque de passer pour un homme sans ambition, j'aime que ma vie soit réglée par la mâtine et les vêpres de l'école de mes enfants d'un côté et mes promenades bucoliques de l'autre. Et j'aime également ce que Marguerite Yourcenar appelait le « charme de la vie domestique » (au sens de la vie de la maison, « domus ») qui n'a d'autre but qu' « embellir le monde sur le petit coin où l'on est ».

     

    « Jugeant qu'il n'y a pas péril en la demeure

    Allons vers l'autre monde en flânant en chemin

    Car, à forcer l'allure, il arrive qu'on meure

    Pour des idées n'ayant plus cours le lendemain »

     disait Brassens.

     

    Rousseau aurait-il écrit Les rêveries du promeneur solitaire s'il avait eu Facebook, Twitter et Instagram? On peut légitimement se poser la question. Dans une société où les métaphores sur l'épanouissement fleurissent, j'ai bien conscience de prêcher dans le désert. Prôner la rêverie à une époque où l'on rit des rêves est sans doute une chimère.

     

    « Mais la voix me console et dit : « garde tes songes », les sages n'en ont pas d'aussi beaux que les fous ».

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    Je ne suis pas digne de délier ses Marvin

    De la nation il est le vénérable Père,

    La mer lui obéit, la Terre, il la domine,

    Il est Celui qui vient de la part de Juncker

     

    Il dit « Viens et sois-moi, enfin si tu le peux »,

    Il guérit du repli, Emmanuel est son nom.

    Du haut de ses discours, il fait trembler les Cieux,

    Rien ne peut entraver sa révolution

     

    Je ne fais plus partie de ceux qui ne sont rien.

    Il sentait bon le sable chaud, mon Jupiter,

    Nos regards se croisèrent. Et c'est bien le Destin

    Si le nom de ce dieu rime avec Castaner

     

    Contre les tsunamis, contre les syndicats,

    Toujours il est debout tel un roseau pensant,

    Il plie mais ne rompt pas, c'est un vrai résistant

    Tout le monde le craint, même ce Benalla !

     

    Pour redresser le monde, il suffit d'espérer

    Qu'il nous tende la main, que son génie ruisselle

    Comme un torrent de vie poussé par l'Alizé

    De la plante des pieds jusque sous nos aisselles

     

    Il descendra sur nous comme une Pentecôte

    Et nous parlerons tous la langue polyglotte

    Des multinationales, du dollar, de l'Euro,

     

    Chacun sera l'égal des plus grands de nos hôtes,

    De Zola, de Gary, Blum, Clémenceau, Hugo

    Pierre Moscovici et Benjamin Griveaux.

     

     

     

    Christophe Castaner, « Mon Jupiter » in Odes à Manu

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  • Notre cher président est-il, comme on l'entend parfois, un authentique philosophe ? C'est ce que pensent en tout cas les journalistes du Point ou de l'Express, qu'on ne peut en aucun cas, sauf malhonnêteté intellectuelle, soupçonner de partialité envers leur idole.

     

    Il serait tout à fait inique de ne pas accorder à celui qui guérit des opinions malades et eurosceptiques le fait qu'il panse. On pourrait d'ailleurs opposer à ceux qui doutent de l'origine mystique et divine de sa pensée ce syllogisme implacable : Jupiter est un dieu, or Emmanuel Macron est Jupiter, donc Emmanuel Macron est un dieu. En ce qui concerne sa pensée complexe, tous ceux qui pensent donc que Sénèque un leurre ont tort.

     

    Quand on voit le temps qu'il passe à cultiver son image Alain fini, on ne peut nier qu'il réfléchit. Et il suffit de voir comme, en matière de chômage comme d'attractivité, à la simple évocation du nom d'Emmanuel, tout se dé-Kant pour s'en convaincre. Epicure de rappel : c'est quand même grâce à lui que Sartravaille en France.

     

    Tous ces sceptiques pour qui Macron n'est qu'un cuistre dont Onfray trop de cas sous le fallacieux prétexte que la ressemblance entre Platon et Christophe Castaner ne serait pas frappante ne sont que des jaloux. « Bad you ! » serait-on tenté de leur répondre. Notre président est simplement le mariage parfait entre un grand démocrate et le grand Démocrite.

     

    « Allons soyons sérieux, c'est un peu comme si on disait que BHL est philosophe » arguent certains. « Eh bien, on le dit aussi aussi », leur répondrai-je. D'ailleurs, l'idée selon laquelle un véritable philosophe ne chercherait pas sans cesse à prendre la lumière est absurde. Paillettes et réflexion peuvent parfaitement cohabiter et on peut à la fois aimer Levi-Strauss et Levy strass.

     

    Les Banquets qu'il organise à l'Elysée n'ont à ce titre rien à envier à celui auquel a participé Socrate et la facilité avec laquelle, au cours de ceux-ci, il nous Phédon de sa pensée sur un Platon montre qu'il sait tenir Théétète aux pseudozintellectuels chers à Najat et leur dire « Ménon » quand ils sont dans l'erreur.

     

    Si Macron ne fait pas l'unanimité, c'est uniquement parce que sa pensée, que le peuple rejette, que les bourgeois critiquent et que les aristos fanent, est trop moderne pour le commun des mortels. Capable de penser sur commande, aussi bien en anglais qu'en français, il Excel dans les « words » et a parfaitement compris qu'en matière d'aides sociales, il ne suffit pas d'un Marx pour que ça reparte.

     

    Ce beau président à qui les citoyens demandent régulièrement d'aller se faire voir chez les Grecs ne peut pas être une poire en philo mais bien plutôt un bel hellène. Et si le Premier ministre lui-même semble souvent subjugué par les discours du président, ce ne peut pas être le fruit du hasard. En matière de pensée, faire confiance à la philo selon Philippe, c'est le B-A BA ou plus exactement l'A-B AB.

     

    Je mets d'ailleurs au défi tous les malhonnêtes qui contestent la complexité de sa pensée de m'expliquer cette phrase de Manu : «Je suis tout à fait favorable à ce qu’on construise de nouveaux modèles de gouvernance. Ces nouveaux modèles pourront être mis en place à l’initiative des acteurs eux-mêmes et assureront une plus grande souplesse".

     

    Convaincu qu'il est de faire partie de ceux qui ont réussi et non pas de ceux qui ne sont rien, il a réinventé la formule de Descartes en l'inversant : « Je suis donc je pense ».

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  • Mon admiration sans bornes pour Leo Muscato, le metteur en scène qui a revisité Carmen, et pour la pertinence de son combat, m'a tout naturellement porté à vouloir réécrire d'autres œuvres artistiques pour dénoncer les violences faites aux femmes. A trop vouloir défendre l'art contre la marche du monde et les idéaux progressistes, nous risquons en effet de passer à côté de ce à quoi l'histoire nous appelle. Car qu'est-ce qu'un chef d'œuvre au regard de la prééminence des valeurs modernes ? De quel droit s'obstine-t-on à vouloir faire perdurer des œuvres qui peuvent à tout moment heurter telle minorité ou blesser tel ou tel individu ?

     

    Il est extrêmement contre-productif et à terme destructeur de maintenir dans les programmes de lycée l'étude d'une pièce de théâtre aussi sexiste que Dom Juan, personnage dont les propos seraient aujourd'hui passibles d'une condamnation et dont les œillades tomberaient, et à juste titre, grâce à Marie Madeleine Schiappa et ses disciples, sous le coup de la loi.

     

    Les réactionnaires ont beau jeu de prétendre qu'une œuvre est représentative d'une époque et qu'il est vain de vouloir la moderniser. Ces grincheux n'ont sans doute jamais vu l'adaptation au cinéma des Misérables de Tom Hooper ni jamais entendu les reprises de Barbara par Patrick Bruel pour proférer de telles inepties.

     

    Contrairement à ce qu'on pourrait croire et à ce que certains imbéciles ont pu affirmer avec une étonnante mauvaise foi à propos de Carmen, une réécriture ne dénature en aucun cas l'original et présente l'avantage non négligeable d'être beaucoup plus courte, ce qui évitera aux jeunes générations des heures de lecture fastidieuses à même de les priver de précieuses heures de détente devant les écrans. Je vous laisse juge.

     

    Done Elvire : Me ferez-vous la grâce, Dom Juan, de vouloir bien me reconnaître ? Et puis-je au moins espérer que vous daigniez tourner le visage de ce ce côté ?

     

    Dom Juan : Madame, mon attitude inqualifiable est la conséquence de siècles de patriarcat et de domination masculine mais soyez assurée que ce règne touche à sa fin et que la contrition qui est la mienne en cet instant ne restera pas sans effet. Je défendrai avec tout mon cœur l'égalité des droits de même que je lutterai de toutes mes forces contre le harcèlement, les agressions et les trottoirs trop étroits. Je m'engage ici devant vous à renouveler les vœux que je vous ai faits et à ne plus m'éloigner de vous si ce n'est pour aller faire les courses ou laver mes chaussettes sales au lavoir car je tiens plus que tout à une juste répartition des tâches. Comme gage de ma fidélité, je vous offre, non des fleurs ni une bague, ridicules vestiges d'une époque où les luttes intersectionnelles n'existaient pas, mais la photo de Caroline De Haas. Et tant pis pour les anachronismes, l'égalité avant tout !

     

    FIN

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  • En dépit de son titre, Comment vivre au temps du terrorisme ? qui laisse penser que ce terrorisme serait une entreprise plus ou moins organisée et auquel je préfèrerais donc un plus sobre Comment vivre au temps d’attaques de loups solitaires et de déséquilibrés ?, le livre d’Alain Bauer, François Freynet et Christophe Soullez est vital pour qui ne veut pas mourir. C’est sans doute le livre le plus essentiel de ces derniers mois juste derrière la biographie de Jéremstar.

     

    Cet ouvrage, qui dynamite nos préjugés et fera sans doute l’effet d’une bombe, est en effet un manuel de survie pratique et philosophique qui vise juste, ne verse pas dans le sensationnel et va obliger tous les terroristes à se serrer la ceinture à explosifs.

     

    Il donne notamment une foule de conseils indispensables pour échapper aux attentats, comme « (anticiper) la direction dans laquelle il est le plus juste de se déplacer ». Si par exemple des hommes armés de lance-roquette vous font face, évitez de leur foncer dessus en fuyant mais privilégiez plutôt d’autres itinéraires. Avouez qu’il fallait y penser. Imaginez un peu le nombre de vies qui pourraient être sauvées avec ce seul conseil.

     

    Mais les auteurs ne s’arrêtent pas là puisqu’ils nous invitent également à « anticiper une attaque et repérer les points d’échappatoire latéraux et arrières de mise à l’abri : se placer en fonction de ceux-ci, être en capacité de ne pas repartir par l’endroit où on est arrivé ». C’est exactement ce que je me disais l’autre jour pendant que je faisais l’amour à ma femme et que j’essayais de visualiser les endroits de la chambre par lesquels les terroristes potentiels pourraient choisir d’entrer. Elle m’a trouvé très endurant.

     

    Les auteurs concèdent que dans certains cas, l’action collective peut être utile, mais uniquement si c'est le fait de « contrôles aléatoires (…) spécifiquement sécurisés avec des pratiques issues des éléments connus de progressions armées, en triangulation et avec des moyens de diffusion d’alerte en observation ». Ca va sans dire.

     

    Bref, c’est donc toute une attitude qu’il faut changer si l’on veut résister au terrorisme. L’important est de « ne pas être surpris par les personnes et les lieux, savoir reconnaître lesquels sont le plus à risque ». Et je crois que tout le monde sera d’accord pour dire que celui qui n’agirait pas ainsi, mérite, d'une certaine manière, de mourir.

     

    Les auteurs rappellent d’ailleurs, sans aucune contradiction avec ce qui précède que « dans les faits tout rassemblement devient une cible potentielle, pour autant qu’(on) se trouve au mauvais moment au mauvais endroit ». De même, ils précisent, plus loin, dans une sorte d’apothéose de la cohérence que « personne ne pense naturellement qu’une terrasse de café constitue une cible d’attaques terroristes et pourtant elle le devient ».

     

    Mais pour résister vraiment au terrorisme, c’est notre conception même de celui-ci qui doit changer. D’abord, Il faut être capable de le définir, de comprendre ce qu’il est, d’où il vient. Et la première erreur serait évidemment de croire qu’il est islamiste. Ces terroristes sont en réalité, « selon l’une des rares expressions justes utilisées depuis les attentats de 2015 », « une armée terroriste barbare » expliquent les auteurs. On pouvait difficilement trouver formule plus éclairante.

     

    En résumé, on le voit, Il n’y a pas de profil à risque à proprement parler mais il ne faut pas non plus se voiler la face. Le vrai danger à l’heure actuelle, ce sont évidemment les catholiques traditionnels. Si vous voyez un homme de type caucasien muni d’un crucifix et de gousses d’ail, courez.

     

    Vous l’avez compris, contrairement à ce que pensent de nombreux imbéciles, combattre l’islamisme en essayant de contrer leur idéologie n’aura que peu d’effet ou risque à terme d’avoir de très graves conséquences. La vraie solution pour répondre à ce défi collectif, c’est d’agir de manière individuelle. Car soyons honnêtes : si les victimes de Nice, du Bataclan, de l’hyper casher et j’en passe avaient été prévoyantes, on n’en serait pas réduits à devoir faire des commémorations tous les trois jours et à exploser nos budgets bougies. 

     

    Ensuite, il faut « accepter de vivre avec », c’est même le titre du chapitre 1. Tant que nous n’aurons pas accepté que nos compatriotes se fassent égorger, rouler dessus ou déchiqueter plusieurs fois par an, mais que nous choisirons d'en faire tout un plat, nous ne serons pas dans notre assiette.

     

    Enfin, et c’est le plus important, il faut comprendre que contrairement à ce qu’affirmait un Premier ministre, nous ne sommes pas en guerre. En revanche, « notre pays est attaqué par des terroristes qui eux lui font la guerre » précisent les auteurs. Tant que nous ne répondrons pas, nous pourrons effectivement continuer à nous faire massacrer dans la paix. C’est de bonne guerre.

     

    Jusqu'ici, je dois l'avouer, j'étais préoccupé par l'avenir. Mais grâce aux auteurs de ce livre, j'ai retrouvé l'espoir et la plénitude. S'inquiéter de tout pour ne plus avoir peur de rien et accepter l'inacceptable, telle est désormais ma devise.

     

     

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