• Quand l'hôpital se fout de la gravité

    Beaucoup de gens, à commencer par les politiques, se sont indignés cette semaine du sort réservé à l’hôpital Necker, dont les vitres ont été brisées à la masse par certains manifestants. N’est-ce pas un procès un peu injuste ? On leur a dit que c’était pas bien de briser les vitres des voitures de police, ils brisent celles des hôpitaux, on peut quand même leur reconnaître une certaine cohérence. Quand on ne peut plus faire les coqs face aux poulets, on amuse la basse-cour comme on peut pour maintenir l’esprit de la grève et les piquets sans les képis.

     

    N’est-ce pas après tout logique que ceux qu’on a laissés sur le carreau prennent leur revanche ? Peut-on reprocher à ceux qui sont à la masse de se libérer d’un poids ? Bien au contraire, ne devrions-nous pas nous féliciter du fait que ceux pour qui l’horizon est bouché aient enfin pu ouvrir une fenêtre ?

     

    Qui peut d’ailleurs prouver que ce ne sont pas les vitres qui les ont provoqués en leur lançant des gaz lacrymogènes ou des grenades de désencerclement ?

     

    Et puis, briser les vitres derrière lesquelles se trouvent des salles d’opération, c’est un beau moyen de montrer qu’il faut faire bloc tous ensemble.

    En outre, ils n’étaient que deux, franchement, est-ce qu’on on en voudrait aux policiers si un seul d’entre eux, par exemple, s’en prenait à un lycéen ?

     

    On dit que le personnel de l’hôpital et certains parents ont été traumatisés. Mais là encore, par pitié, faisons preuve d’un peu de décence : est-ce qu’on peut mettre sur le même plan les bobos aux pouces des enfants et le cancer qui ronge notre société ? C’est l’hôpital qui se fout de la gravité. Et ce ne sont pas les quelques concessions sur la loi El Khomri, qui s’apparentent davantage à un pansement sur une jambe de bois, qui vont changer la donne. Non, décidément, l’action du gouvernement en la matière Necker concluante.

     

    Jusqu’ici, on parlait très peu dans les médias des suppressions de postes ou du manque de moyens dans les hôpitaux, cet acte citoyen a permis de briser la glace et d’effectuer une bonne piqûre de rappel. Gageons que cela aura aussi permis de transmettre le virus de la lutte à d’autres pour que l’épidémie s’étende à tout le pays. Et puis, avec cette ardoise de 200 000 euros, le gouvernement sera bien obligé cette fois de trouver des fonds s’il veut remettre l’hôpital Decker.

     

    D’ailleurs, Beaucoup de journalistes nous rappellent depuis plusieurs jours que ces vitres ne sont rien en comparaison des suppressions de postes et de moyens dans les hôpitaux, preuve qu’il n’est pas nécessairement besoin d’être policier pour faire du matraquage. Quoi de mieux en effet, pour se rendre vraiment compte de la portée d’un événement, que de le relativiser en le comparant à quelque chose de plus grave ? L’un de vos proches souffre ? Expliquez-lui que ce n’est rien car d’autres souffrent beaucoup plus que lui, vous allez voir, ça marche à tous les coups.

     

    Et si le journaliste présent lors de l’incident, que certains ont essayé de faire passer pour un flic, n’a finalement pas pu servir, grâce à son brassard, de bouée de sauvetage contre les accusations de saccage et d’indécence à l’encontre de certains manifestants, il a au moins eu le mérite de servir à plonger beaucoup de lecteurs dans une sorte d’anesthésie générale.

     

    Car ceux qu’il faudrait vraiment faire soigner n’étaient peut-être pas à l’intérieur de l’hôpital. Espérons en tout cas qu’ils soient bientôt, comme les distributeurs qu’ils fracturent, des espèces en voie de disparition.

     

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