• Liberté, égalité, uniformité

    Dans toute école mixte tenue par un instituteur, une femme nommée par le préfet, sur proposition du maire, es

    « Dans toute école mixte tenue par un instituteur, une femme nommée par le préfet, sur proposition du maire, est chargée de diriger les travaux à l’aiguille » dit la loi du 10 avril 1867. Epoque révolue ? Pas sûr si l’on en croit le gouvernement (les ministres Peillon et Vallaud-Belkacem pour ne pas les nommer), repris en cœur par Libération (16/04) qui s’inquiète des terribles inégalités garçons/filles dont souffre encore l’école et qui propose un plan d’action qu’il compte bien mettre en œuvre dès la rentrée prochaine. Ce plan sera baptisé les ABCD de l’égalité.

    Dé à coudre ou en découdre ?

    La première de ces inégalités alarmantes a lieu dans la cour : bien qu’on soit au 21ème siècle, on observe encore « des petits garçons jouant au foot (…) pendant que les filles papotent dans leur coin ». Quelle terrible absence de progrès ! Quand verra-t-on enfin les garçons faire de la couture pendant que les jeunes filles se fileront des grandes beignes à travers la figure ?  D’autre part, c'est bien connu, si les garçons sont attirés par le foot, c'est uniquement une question d'éducation. Et si mon fils, à 14 mois, se murmurait "ballon, ballon, ballon" pour s'endormir ou s'il était le seul au spectacle de Noël de la crèche à ne pas regarder le Père Noël car il avait repéré des ballons dans la salle d'à côté, c'est forcément parce que je ne lui avais pas suffisamment acheté de poupées.  

    Bijoux …..de famille 

    La deuxième inégalité a lieu en classe puisqu’on voit « les premiers (les garçons NDLR) faisant les malins (…) tandis que les secondes jouent aux petites filles modèles au premier rang » Que les ministres se rassurent, l’égalité est en marche : il y a déjà plein de petites jeunes filles dans nos écoles qui luttent farouchement contre ces inégalités en insultant les profs et dont le sens civique les pousse même parfois à remettre en cause le sexisme de l'anatomie en donnant du "j'men bats les couilles" à tour de bras. Preuve que l'égalitarisme marche à plein et qu'il ne se contente pas de couper tout ce qui dépasse mais qu'il a même le pouvoir de faire pousser ce qui n'existait pas: grâce à cette évolution salutaire, l'expression "égalité des sexes" prend enfin tout son sens.

    Niveler par le bas

    La journaliste révèle ensuite une des failles de notre enseignement, à savoir que la parole est "inégalement donnée avec un avantage aux garçons", affirmation scientifique indiscutable. Les premiers responsables de ce sexisme ambiant qui empêche l'égalité des parties seraient donc les professeurs. Si certains jeunes baissent leur jean pour laisser apparaître qui leur string, qui leur caleçon, on ne voit pas pourquoi les profs ne baisseraient pas le leur pour assumer les maux de la société. C’est aussi ça l’égalité.

    Egaliser sur le dessus et sur les côtés

    Plus loin, la journaliste poursuit en révélant un des exemples de séquence type concoctée par le gouvernement : "le prof pourrait prendre un tableau ancien montrant deux enfants de sexes différents habillés et coiffés pareil pour aborder le rôle de l'éducation. » Quand va-t-on enfin mettre un terme à cette tradition ridicule qui consiste à habiller les garçons avec des pantalons et les filles avec des robes ? Même question pour la longueur des cheveux. Quand cessera enfin cette insupportable discrimination faciale ? La société a trente ans de retard sur Jeanne Mas et Desireless qui ont combattu ces inégalités de toute leur tignasse. Heureusement, pour aider le professeur dans cette tâche qui dépasse largement ses compétences, du « matériel pédagogique » lui sera « distribué pour repérer les attitudes « genrées » ». En s’assurant par exemple que tous les petits garçons font bien pipi assis? Ou mieux, en apprenant  aux filles à uriner debout pour que tout le monde soit sur deux pieds d’égalité ? On espère en tout cas qu’une fois repérées, ces attitudes seront corrigées avec la plus grande fermeté pour que nous puissions entonner au plus vite le chant de la VIème République : "Liberté, égalité, uniformité"

    L’impossible victoire du match nul

    Et la journaliste de déplorer ensuite des faits aussi surprenants que l'attirance des garçons pour la filière S ou celle des filles pour la filière L. Heureusement, il y a une raison de se réjouir: 46% des filles ont un diplôme d'enseignement supérieur contre seulement 37% des garçons. Mais celle-ci prévient qu'il ne faut pas tout de suite "crier victoire". Pourquoi faudrait-il crier victoire? A moins que mon niveau en mathématiques soit définitivement irrécupérable (j'ai suivi la filière L malgré ma passion pour le foot), il me semblait que 46% d'un côté et 37% de l'autre ne marquait pas spécialement l'égalité.

    Quoi qu’il en soit, on ne peut que féliciter le gouvernement pour cette magnifique initiative car quelle plus belle façon d'enrayer l'homophobie que de nier la distinction entre homme et femme ? La lutte pour l'égalité des droits doit forcément passer par la lutte contre les différences de comportement. Egalisons, uniformisons, l’essentiel est qu’il n’y ait bientôt plus de distinction.

    "Les Français (…) n’aiment pas la liberté, l’égalité seule est leur idole. Or, l’égalité et le despotisme ont des liaisons secrètes » disait Chateaubriand. « L’égalité, c’est l’esclavage, voilà pourquoi  j’aime l’art » renchérissait Flaubert. Deux dangereux fascistes.

     

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  • Commentaires

    1
    Laurene F
    Lundi 22 Avril 2013 à 08:40

    Véridique, surtout pour le "j'm'en bats les ..." :) ça sent le vécu!

    C'est sûr que la France adore (au sens propre) l'égalité mais a du mal avec l'équité; cela dit, il faut avouer que celle-ci est bien plus complexe à définir concrètement et donc à établir. Mais d'ailleurs, est-ce à l'État de l'établir?...

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