• L'ingrat attitude

    Il y a un autre fléau du monde du travail que le chômage ou les bas salaires, et dont on parle assez peu, c'est l'absence de reconnaissance.Trop de supérieurs ont tendance à penser qu'à partir du moment où ils nous donnent notre fiche de paie, on doit leur fiche la paix. Certains d'entre eux vont même jusqu'à considérer que l'argent donné autorise à toutes les pressions. Or, ce n'est pas parce qu'on verse le salaire du labeur qu'on doit instaurer le sale air de la peur.

     

    D'un autre côté, il faut reconnaître qu'attendre à tout prix de la gratitude de son chef, c'est être à son merci. Les compliments ne font pas tout et ne sont parfois qu'une introduction à une demande de service, voire la compensation à une absence de rémunération digne de ce nom. Car le montant du salaire valide également la qualité du travail et participe à la reconnaissance. Mais de ce côté là aussi, les patrons jouent souvent avec nos (actio)nerfs. Et il y a parfois un gouffre entre notre gagne-pain et leurs pots de vin.

     

    La pression peut parfois prendre des formes très subtiles. Des études récentes ont bien montré à quel point l'absence de hiérarchie visible et la fausse complicité instaurée par certains boss ne sont parfois qu'un moyen de mieux nous exploiter et de profiter de notre candeur enfantine pour nous refiler le bébé. Il est très difficile de refuser une demande de son supérieur faite sur le ton de l'amitié. Et même quand on a roulé sa bosse, on y regarde à deux fois avant de rouler son boss.

     

    Pourtant, ce n'est pas parce qu'il y a de la connivence qu'on avance et cela n'empêche pas certains chefs, au contraire, de faire ployer l'employé et de l'obliger à tous les secrets taire en le condamnant à demeurer un terne subalterne, un élément décoratif inerte, autrement dit une espèce d'occis lierre.

     

    Tous les prétextes sont bons pour priver l'employé de gratitude : sa jeunesse, son inexpérience, sa flexibilité, son imperfection. Mais, comme ne le disait pas encore Corneille, la mise en valeur ne doit point attendre le nombre des années et si nul n'est parfait, imparfait n'est pas nul.

     

    Dans beaucoup de grandes entreprises, il y a tant de chaînons que le résultat de son propre travail n'est même plus visible et que le rapport au grand patron n'existe plus que de manière totalement virtuelle. Nous n'avons alors plus l'impression d'être le maillon d'une chaîne mais plutôt le brin d'une corde à laquelle il nous tarde de faire un bon nœud coulant.

     

    Au-delà de la crise de vocation, qui peut arriver à tout le monde- ce ne sont pas Marlène Schiappa et Christophe Castaner qui diront le contraire-, il semble difficile pour beaucoup de se sentir, sinon comblé, tout au moins utile dans son travail. Et il faut parfois être un virtuose du job art pour ne pas devenir fou.

     

    Comment améliorer la situation sans envoyer chier la hiérarchie ? Faire état de son mal-être peut aider mais mettre ses couilles sur la table ne permet pas toujours de prévenir le burnes out. Peut-être faut-il commencer par prendre conscience que, tout comme le chantait si mal David Hallyday, « tu n'es pas seul ».

     

    Dans tous les cas, n'hésitons pas à évoquer ensemble nos frustrations et discuter le bout d'ingrat pour ne plus être pris pour une saucisse. 

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