• Jamais sans mon sans fil

     

    « Il faut savoir s’en servir » me disaient-ils tous d’un air entendu lorsque j’exprimais mes réticences à me munir de cet objet et à faire partie de l’High-Faune.  Je ne pouvais évidemment pas m’imaginer tout ce à côté de quoi je passais. Le dossier de Marianne consacré au portable m’en a donné un petit aperçu.

    Le premier avantage du portable, c’est qu’on peut s’en servir à toute heure.

    Carol, 30 ans, confirme : « Mon copain refuse de retirer son portable de la table quand on mange. Quand je lui parle de politesse, il me dit que mes codes sont complètement désuets. » Un vrai porc-table en somme.

    La jeune femme poursuit : « Il s’endort avec son portable, il se réveille avec son portable. Et quand il reçoit une notification pendant la nuit (…), ça sonne sur le téléphone, sur l’ordinateur et sur la tablette. ». Certes, exhiber ses tablettes  n’est pas nouveau comme technique masculine, mais le faire à certaines heures, c’est prendre le risque d’une explication musclée. Carol ne devrait pourtant pas se plaindre : nombreux sont ceux qui rêvent de pouvoir faire la moue toute la nuit.

    Le journaliste de Marianne précise ensuite qu’« une étude anglaise affirme que 62% des femmes regardent leur smartphone …pendant l’acte sexuel ». Mais dans ce cas précis, pas sûr que le problème vienne de l’addiction au portable, bien que l’étude ne précise pas s’il est sur vibreur.

    De même, si on le regarde une fois toutes les six minutes en moyenne selon une étude menée par Nokia en 2013, cela ne signifie nullement que ceux qui le consultent autant feraient mieux de consulter.

    Le deuxième avantage du portable, c’est la relation privilégiée qu’on entretient avec lui. Selon la psychologue Stéphanie Bertholon, « certains se sentent complètement nus quand ils sortent sans portable ».

    Jean-Manuel, 22 ans, déclare même : « Je n’attends pas que mon téléphone vibre, je le regarde sans arrêt. Même quand je suis en conversation téléphonique, je l’éloigne de ma joue pour jeter un coup d’œil. Je ne m’en sépare jamais. »

    Comment ne pas être touché par une telle complicité ? Comment ne pas être sensible à la beauté de cet amour désintéressé ?  Les psychologues de tous bords ont bien tort de penser qu’il puisse s’agir d’addiction quand il s’agit de la forme la plus parfaite de l’idylle.  Quoi de mieux pour garantir le grand amour qu’une bonne liaison et d’excellentes vibrations ? N’est-ce pas le triomphe absolu de l’amour qu’un homme soit capable de  dire « Wi-fi » à son téléphone et lui jurer haute fidélité jusqu’à ce que décharge s’en suive ?

    En outre, le portable, qui n’est jamais jaloux, n’empêche nullement son propriétaire d’entretenir quelques relations extra-digitales. Le même Jean-Manuel raconte : « Pendant mon voyage Erasmus, à Budapest, j’étais sans arrêt sur WhatsApp pour communiquer avec ma copine qui était restée en France. Comme c’était du non-stop, j’ai renoncé à certaines sorties, j’ai raté des moments de convivialité ». Ne communiquer que par WhatsApp, c’est un peu donner sa langue au tchat. Mais c’est aussi assumer le risque que sans lui, les souris dansent.

    Bref, même si la psychologue Stéphanie Bertholon « reçoit un patient qui préfère jouer à « Candy Crush » plutôt que d’aller coucher sa fille », on aurait tort de penser que le portable soit casse-bonbons.

    Le troisième avantage du portable, c’est qu’il nous évite de stupidement profiter du moment présent comme une personne lambda pour mieux nous aider à restituer en direct ce moment qu’on n’aura pas vraiment vécu. Marianne rapporte « l’histoire d’un futur papa rapportant à son groupe d’amis, via la messagerie instantanée WhatsApp, les indications de la sage-femme-« col à 7cm », « col à 10 cm » ».  

    Dommage que le papa n’ait pas eu la présence d’esprit de faire un selfie pendant l'expulsion.

    Même pas capte

    Le dernier avantage du portable, c’est qu’il invite à la prudence. Selon une étude Ifop, ils seraient 74% à ne jamais sortir sans leur téléphone. Le mobile nous rendrait donc plus sédentaires ?

    Cela aurait un autre effet bénéfique,  celui de faire émerger un nouveau business, le « digital detox », séjour sans aucune connexion proposé par de nombreux spas et hôtels.

    Pierre Massot, propriétaire d’une chambre d’hôte haut de gamme sur la presqu’île du Médoc, propose ce service depuis dix-huit mois. A ce jour, il n’a accueilli que trois personnes. « Nous avions des gens qui voulaient le faire cet été mais, dix jours avant, ils ont changé d’avis ».

    Il n’y aura donc, pour le propriétaire comme pour les clients, aucune petite coupure. Est-ce à dire que ce concept de « digital detox » serait une magistrale intox ? C’est surtout la preuve que le portable est indispensable.

    D’ailleurs, Francis Jauréguiberry, sociologue, qui « s’était donné pour objectif d’observer les comportements de ceux qui procèdent à une vraie coupure » en est arrivé à cette conclusion très simple : « Ces gens n’existent pas. »

    Jocelyn Lachance, sociologue également, ajoute : « Les voyageurs d’aujourd’hui veulent bien se perdre de temps en temps, mais seulement pour vivre une expérience significative. »

    Grâce au portable, rien ne sera plus jamais le Free du hasard.

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